Opinion, La Marina BJ – Alors que le pays affiche une stabilité macroéconomique enviée dans la sous-région, une enquête d’Afrobarometer publiée ce 5 janvier 2026 révèle une fracture sociale alarmante : les jeunes Béninois n’ont jamais été aussi instruits et, pourtant, ils n’ont jamais semblé aussi vulnérables face au marché de l’emploi.
Selon les résultats clés de l’étude, 56 % des Béninois âgés de 18 à 35 ans ont atteint le niveau d’études secondaires ou supérieures. C’est le double, voire le triple, du niveau des générations de leurs parents. Mais sur les pavés de Cotonou ou de Parakou, ce « capital humain » tourne à vide. Selon les dernières données d’Afrobarometer, 51 % des jeunes recherchent aujourd’hui activement un emploi, un taux qui dépasse largement celui de leurs aînés (établi entre 29 % et 31 %).
Comment expliquer que l’instruction ne soit plus un rempart contre la précarité ? Le rapport pointe une déconnexion structurelle. Si la jeunesse est plus formée, 29 % des sondés estiment que le manque de formation adéquate reste le principal obstacle. En clair, le système éducatif produit des diplômés là où le marché attend des techniciens ou des profils adaptés à une économie en pleine mutation. Résultat : environ 14 % de cette force vive se retrouve dans la catégorie « NEET » (ni en études, ni en emploi, ni en formation). Un gâchis démographique qui nourrit un sentiment d’amertume : plus de la moitié des jeunes (58 %) jugent leurs conditions de vie personnelles comme « mauvaises ».
L’exil ou l’aventure entrepreneuriale
Face à l’étroitesse du marché formel, la jeunesse béninoise développe deux stratégies radicalement différentes. D’un côté, la tentation du départ : 55 % des jeunes envisagent sérieusement l’émigration, principalement pour échapper à la pauvreté ou aux difficultés économiques (46 %). De l’autre, un désir farouche d’autonomie : 68 % des répondants affirment préférer l’auto-emploi au salariat. Une volonté d’agir qui résonne avec l’urgence du moment : pour ces jeunes, il ne s’agit plus d’attendre une hypothétique intégration à la fonction publique.
Pour cette génération, le salut passera par une refonte des priorités publiques. Interrogés sur les leviers à actionner, les 18-35 ans placent la création d’emplois (40 %) et le soutien à l’entrepreneuriat par le crédit (21 %) en tête de leurs attentes.
Pourtant, malgré ce tableau sombre, un « optimisme prudent » persiste. Près d’un jeune sur deux (49 %) estime que le pays avance dans la bonne direction. Un crédit de confiance que le gouvernement devra transformer rapidement en opportunités concrètes, sous peine de voir sa ressource la plus précieuse, sa matière grise, s’envoler vers d’autres cieux ou s’étioler dans l’informel.
Avec Noé William HOUNKANRIN (Collaborateur extérieur)
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