Climat & Développement durable, La Marina BJ – Sept ans après son approbation et près de quatre ans après son entrée en vigueur, le Programme Intégré de Développement et d’Adaptation au Changement Climatique dans le Bassin du Niger (PIDACC-Bénin) revient au cœur du débat. Porté par plusieurs bailleurs de fonds, ce projet régional vise à renforcer la résilience écologique et sociale du Bénin face aux effets du changement climatique. La dernière mission de supervision (28/07/2025 au 04/08/2025) dresse un constat nuancé : des progrès notables sur le terrain, mais des lenteurs persistantes dans la mise en œuvre.
Conçu comme une réponse intégrée aux défis climatiques du bassin du Niger, le PIDACC-Bénin repose sur un financement global de 12,49 millions d’unités de compte, soit environ 10 milliards de FCFA. Le dispositif financier mobilise trois partenaires clés : la BAD, le Fonds vert pour le climat et l’Union européenne. La mise en œuvre est assurée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA) sous la tutelle du ministère des Finances. Enraciné dans la stratégie régionale de l’Autorité du Bassin du Niger (ABN), le programme poursuit un double objectif : améliorer la résilience des écosystèmes et promouvoir la gestion durable des ressources naturelles dans les zones vulnérables du nord du pays. Toutefois, la mission de supervision relève que le taux de décaissement global n’atteint que 18 %, un indicateur révélateur des lenteurs administratives qui pèsent sur l’exécution.
Des résultats visibles sur le terrain
Le rapport de supervision en date du 26 septembre 2025 met en lumière des acquis tangibles obtenus malgré les contraintes. 2 160 hectares de terres ont été reboisés, 24 kilomètres de couloirs de bétail matérialisés, et 225 m³ de ravins stabilisés. Sur le plan écologique, 400 hectares de forêts ont été restaurés et 1 000 hectares d’habitats naturels réhabilités. Le programme a également formé 580 producteurs – dont 174 femmes – aux pratiques d’agriculture intelligente face au climat (AIC), renforçant la capacité d’adaptation des communautés rurales. Ces actions couvrent les sous-bassins de Sota, Alibori, Kompagourou, Ilogourou et Wara, désormais dotés de comités locaux de gestion de l’eau (CLE). Parallèlement, 165 emplois ruraux directs, dont 36 occupés par des femmes, ont été créés. Ces indicateurs attestent que, malgré un rythme d’exécution lent, le PIDACC-Bénin commence à produire des effets mesurables sur le terrain.
La mission salue la consolidation des outils de gouvernance environnementale, indispensables au déploiement effectif du programme. Le Cadre de Gestion Environnementale et Sociale (CGES), le Plan Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (PDAGE), le manuel des sous-projets et le kit d’analyse environnementale ont été finalisés et validés par l’Agence béninoise pour l’environnement (ABE). Ces instruments encadrent la préparation des futures infrastructures : retenues d’eau, digues de protection, débarcadères et centres d’alevinage. Les études d’impact environnemental (EIES) relatives à ces ouvrages sont actuellement à l’examen de la Banque africaine de développement, ouvrant la voie au démarrage des travaux structurants prévu pour 2026. Ce volet marque une transition stratégique : le programme passe d’une phase institutionnelle à une phase d’investissement concret.
Des lenteurs persistantes qui freinent la mise en œuvre
Malgré les progrès notés, le rapport préparé par Moussa Mahamane et Gaba Laouali souligne plusieurs freins majeurs. Les procédures nationales de passation de marchés continuent de rallonger les délais d’exécution, tandis que l’absence prolongée d’un expert environnemental et social au sein de l’unité de coordination a affecté la qualité du suivi technique.
À cela s’ajoutent les suspensions ponctuelles de décaissements, liées à la validation tardive des audits financiers. Si les audits 2020-2022 ont été bouclés et celui de 2023 approuvé, celui de 2024 reste en cours de finalisation. Par ailleurs, le contrat pour l’audit de performance environnementale et sociale 2023-2025 est toujours en renégociation après observations de la Banque.
Ces lenteurs, jugées récurrentes, traduisent un besoin urgent de renforcement administratif et de fluidification des circuits de décision. Le rapport reste toutefois confiante : avec un appui rigoureux de l’unité de coordination, le taux de décaissement pourrait progresser sensiblement d’ici fin 2025.
En définitive, ce dernier rapport conclut sur une note prudente mais optimiste : le PIDACC-Bénin progresse, mais à pas mesurés. Les fondations techniques sont solides, les premiers effets visibles, mais les retards d’exécution rappellent les limites structurelles du système. À deux ans de la clôture prévue en 2027, l’enjeu n’est plus de démontrer la pertinence du programme, mais de convertir l’intention en impact durable. Entre ambitions régionales et réalités de terrain, le PIDACC-Bénin reste un laboratoire de la gouvernance climatique en Afrique de l’Ouest — prometteur, exigeant, mais encore en quête de vitesse.
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