Business, La Marina BJ – Trois ans après son arrivée remarquée dans l’écosystème béninois des paris en ligne, Betclic s’est retiré dans un silence presque cérémonial. Sur la page d’accueil de sa plateforme au mois d’octobre, un message laconique — « Betclic est désormais fermé au Bénin » — a suffi à signifier la fin d’une aventure qui n’aura duré que le temps d’un agrément.
Aucun communiqué, aucune transition publique, seulement une échéance sur sa plateforme : le 24 octobre 2025, date limite fixée aux parieurs pour récupérer les fonds restés sur leur compte. Le retrait, discret en apparence, ouvre pourtant une séquence plus large où se croisent stratégie d’entreprise et transformation réglementaire accélérée. En savoir plus.
Un agrément initial de deux ans dans un marché en construction
À son arrivée au Bénin, Betclic bénéficie, à travers le décret n°2022-556 du 12 octobre 2022, d’un agrément de deux ans dans un marché encore en structuration. À l’époque, l’installation d’un acteur international est accueillie comme un signe d’ouverture et de dynamisme dans le secteur des paris en ligne. Cet agrément prévoyait notamment la tenue d’une comptabilité séparée et le versement d’une redevance à la Loterie nationale du Bénin, selon des taux dégressifs allant de 10 % du chiffre d’affaires à 4 %, avec un minimum obligatoire de 20 millions de francs CFA par an.
Cependant, avant même la fin de la période d’agrément, le Bénin réforme en profondeur son secteur des jeux de hasard. Dès 2023, le décret n°2023-358 du 12 juillet 2023 redéfinit les conditions d’exercice, abrogeant l’ancien texte de 2011. Ce nouveau cadre porte la durée de l’agrément à cinq ans au lieu de deux, considère désormais le Produit Net des Jeux (PNJ) comme assiette des redevances, fixe une redevance unique de 25 % du PNJ avec un taux de retour aux joueurs plafonné à 85 %, augmente le coût de l’agrément à 150 millions de francs CFA et oblige les opérateurs déjà agréés à se conformer aux nouveaux cahiers des charges. L’article 22 du décret précise d’ailleurs que les entreprises titulaires d’un agrément antérieur, comme Betclic, peuvent poursuivre leurs activités jusqu’à l’expiration de celui-ci, mais doivent ensuite se conformer intégralement aux nouvelles dispositions pour obtenir un renouvellement.
Un recentrage, pas un conflit
En octobre 2024, l’agrément délivré à Betclic arrive à son terme et aucun décret de renouvellement n’est publié au journal officiel. Selon nos recoupements, la plateforme n’aurait pas satisfait aux nouvelles exigences introduites par la Cellule de Supervision du Secteur des Jeux (CSJ), entraînant de fait la fin de ses activités. Cette absence de reconduction soulève plusieurs interrogations : s’agit-il d’un choix stratégique du groupe, d’un défaut de conformité ou simplement d’une volonté de repositionnement ? Contacté par La Marina BJ, le groupe Betclic adopte une communication mesurée.
Il évoque « une revue stratégique de ses activités en Afrique de l’Ouest » et la volonté de concentrer ses ressources sur « certains marchés prioritaires ». Le retrait du Bénin se serait effectué, affirme-t-il, « dans le dialogue et la coopération avec le gouvernement » béninois. L’opérateur remercie par ailleurs ses partenaires et collaborateurs béninois pour leur engagement.
Aucune allusion à une tension, aucun reproche implicite, aucune mention des performances commerciales. La version officielle se veut apaisée, maîtrisée, et laisse volontairement hors champ les aspects les plus techniques de cette fermeture.
Faits et zones d’ombre
Le cas Betclic s’inscrit dans un mouvement plus large qui touche plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. La régulation des jeux en ligne devient un enjeu de souveraineté, de contrôle fiscal et de sécurité numérique. Le Bénin, à travers la montée en puissance de la CSJ et la clarification de son cadre réglementaire, participe à cette dynamique continentale. Le retrait de Betclic du marché béninois illustre ce tournant : le marché entre dans une phase où les opérateurs doivent répondre à des normes plus rigoureuses et où seuls les acteurs les mieux préparés peuvent se maintenir. L’épisode marque la fin d’une période d’expérimentation et l’entrée dans un modèle plus institutionnel, où la conformité devient un critère central.
Ce que l’on sait tient est qu’officiellement, l’agrément de Betclic n’a pas été renouvelé, le retrait s’est opéré en accord avec les autorités, et les utilisateurs pouvaient récupérer leurs fonds jusqu’au 24 octobre 2025. On peut raisonnablement déduire, c’est que le recentrage stratégique du groupe et le renforcement du cadre réglementaire ont probablement pesé dans la décision. Pour ce qui reste à éclaircir, en revanche, concerne le poids réel du marché béninois dans les performances régionales de Betclic, le contenu des discussions menées avec l’État et la possibilité d’un retour à moyen terme.
Malgré notre sollicitation et à l’heure de la mise en ligne de l’article, La Marina BJ n’a pas obtenu de réponses supplémentaires de la CSJ ni de Betclic, laissant subsister d’autres zones d’ombre autour de cette sortie.
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