Commerce extérieur, La Marina BJ – Longtemps amortisseur naturel des fluctuations du commerce extérieur béninois, le coton n’a pas joué son rôle au troisième trimestre 2025. Selon les données publiées par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INStaD), les exportations de marchandises ont reculé de 24,8 % en trois mois. Et si la contre-performance est généralisée, c’est la filière cotonnière – poumon historique des recettes en devises – qui explique l’essentiel du repli. Une évolution qui révèle autant les fragilités d’un secteur encore peu diversifié que la transformation en cours d’un modèle productif en mutation.
Avec 34,3 milliards FCFA expédiés au troisième trimestre 2025, le coton – non cardé ni peigné – reste le premier produit exporté par le Bénin, représentant 38,6 % des ventes extérieures. Mais ce leadership n’a pas suffi à maintenir la dynamique observée en début d’année. Le produit a contribué à hauteur de –14,8 points de pourcentage à la baisse globale des exportations, un poids considérable dans un pays où l’équilibre commercial demeure fortement dépendant d’un nombre restreint de matières premières.
Les volumes eux aussi reculent : 33 296 tonnes, soit bien moins que les niveaux habituels des campagnes précédentes. Les chiffres confirment que la filière traverse un trimestre d’ajustement, marquée par une contraction simultanée de l’offre disponible pour l’exportation et d’une demande internationale en phase de ralentissement.
La GDIZ rebbat les cartes de la filière
Ce recul n’est toutefois pas synonyme de déclin, mais plutôt l’indicateur d’un basculement structurel. Depuis deux ans, une part croissante du coton béninois est transformée localement, notamment au sein de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), qui accueille filatures, unités de tissage et ateliers de confection.
Dans son bulletin trimestriel, l’INStaD le souligne clairement, la baisse des exportations de coton s’explique aussi par une volonté assumée de réduire les expéditions de fibre brute au profit d’une montée en gamme industrielle. Pour la première fois, la statistique révèle les effets tangibles de ce choix stratégique : moins de coton brut envoyé à l’étranger, mais davantage de matière destinée à la transformation locale.
Ce repositionnement, s’il pèse à court terme sur les recettes en devises, pourrait permettre au Bénin, à moyen terme, d’exporter des produits textiles à plus forte valeur ajoutée, renforçant ainsi sa résilience aux fluctuations des cours mondiaux.
Un marché international moins porteur
L’ajustement interne intervient dans un contexte où le marché mondial du coton n’offre pas les leviers habituels. L’Asie – principal débouché du coton béninois – a réduit ses achats, en raison de tensions logistiques persistantes, d’un ralentissement de la filature et de stocks plus élevés qu’attendu dans plusieurs pays.
Le Bangladesh, premier client du Bénin avec 32,1 % des exportations totales (dont 28,6 milliards FCFA exclusivement en coton), affiche une absorption moins vigoureuse. L’Inde, autre acteur clé de la demande, n’a importé que 2,4 milliards FCFA de coton béninois. Le ralentissement simultané de ces deux géants suffirait à expliquer une partie du repli observé.
Dans un marché dominé par les États-Unis, l’Australie et l’Inde, les producteurs africains subissent d’autant plus les effets de la volatilité que leur capacité de négociation reste limitée.
Un commerce extérieur insuffisamment diversifié
Si le coton n’a pas soutenu les exportations, c’est aussi parce qu’aucun autre produit n’a pris le relais. Les tourteaux et résidus solides – deuxième poste d’exportation – ont chuté, contribuant à hauteur de –6,2 points au recul global. Les fruits transformés ont également reculé (–2,1 points).
Au total, les dix premiers produits représentent encore 79 % des exportations, une concentration qui rend le Bénin vulnérable aux chocs sectoriels. La filière agricole domine presque exclusivement les ventes à l’étranger, tandis que les exportations industrielles restent embryonnaires.
En attendant que les usines de la GDIZ produisent suffisamment pour exporter, le pays devra composer avec un environnement international incertain et une base exportatrice encore étroite. Mais une chose est sûre, au troisième trimestre de cette année, le coton – jadis pilier incontestable des recettes extérieures – n’a pas été en mesure de soutenir la dynamique globale. Mais c’est peut-être le prix, maîtrisé, d’un changement de paradigme économique que le Bénin entend mener à son terme.
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