Développement, La Marina BJ – Alors que les communes béninoises disposent depuis plusieurs années de ressources publiques croissantes grâce au Fonds d’appui au développement des communes (FADeC) et aux réformes de la décentralisation, leur capacité à exécuter efficacement les investissements reste limitée. Le constat est récurrent : une partie importante des crédits dédiés au développement local retourne chaque année au Trésor faute d’avoir été dépensée. Le Programme d’appui au développement économique des collectivités territoriales (PADECT) annoncé récemment et, financé par la Banque africaine de développement (BAD), ambitionne justement de corriger cette faiblesse structurelle pour faire des communes les véritables moteurs de la croissance territoriale. Mais comment ?
Selon le diagnostic établi dans le cadre du PADECT, le principal défi des communes réside dans la faible exécution de leurs Plans annuels d’investissement (PAI). Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, les capacités techniques restent limitées : élaboration de dossiers de marchés, suivi des travaux, contrôles techniques ou encore évaluation des risques ne sont pas toujours réalisés avec le niveau d’expertise requis. Ensuite, de nombreuses collectivités souffrent d’un déficit de ressources humaines qualifiées, notamment en ingénierie, planification ou gestion financière.
À cela s’ajoute la complexité des procédures administratives et des règles de passation des marchés, qui constituent un frein pour plusieurs mairies. Dans certains cas, les retards dans la transmission des pièces justificatives – ou l’absence de documents conformes – retardent l’engagement des dépenses. Résultat : le taux d’exécution financière des communes stagne, limitant l’impact réel des investissements publics sur le développement local.
Une contrainte majeure : la qualité du suivi et de la gestion des projets
La faible capacité d’absorption des communes s’explique également par des insuffisances dans la gestion des projets financés par le FADeC. Sur le terrain, plusieurs travaux prennent du retard faute de supervision adéquate, d’anticipation logistique ou de coordination entre les services communaux. Les circuits de validation internes restent souvent lourds, et les processus de contrôle manquent d’harmonisation.
Cette situation n’est pas sans conséquence : écoles, pistes rurales, adductions d’eau, infrastructures marchandes ou bâtiments administratifs peinent parfois à sortir de terre dans les délais. Les populations, premières bénéficiaires de l’investissement communal, voient ainsi l’impact concret des budgets locaux s’amenuiser.
Le PADECT, un mécanisme pour enclencher une transformation structurelle
Le PADECT (Lire LMBJ DU 28/10/2025) entend répondre frontalement à ces faiblesses en introduisant un nouveau cadre d’action fondé sur la performance. Pour la première fois dans un programme territorial de cette ampleur, le gouvernement béninois et la BAD conviennent que les ressources seront débloquées uniquement en fonction des résultats obtenus. Parmi les neuf indicateurs de performance, le plus structurant est celui relatif à l’exécution financière des PAI.
Le programme fixe un un but précis : faire passer le taux d’exécution financière des communes de 35 % à 55 % à l’horizon 2031. C’est un changement de paradigme. Désormais, une commune incapable de dépenser efficacement ses crédits risque de limiter l’accès du pays aux financements prévus dans le cadre du PADECT.
Renforcer les capacités pour mieux dépenser
Pour atteindre cet objectif, le PADECT prévoit un appui direct aux collectivités, comprenant un renforcement de la formation des cadres techniques et administratifs ; l’amélioration des outils de planification et de préparation des investissements ; l’harmonisation des procédures de gestion et de suivi des projets ; un accompagnement dans la structuration des dossiers de passation de marchés ;
l’appui aux mécanismes d’audit, de reporting et de contrôle interne. Le programme compte ainsi créer une dynamique où les communes disposent non seulement des moyens financiers, mais aussi des compétences pour les utiliser efficacement.
L’un des changements majeurs introduits par le PADECT concerne la gouvernance. Plusieurs institutions clés – CONAFIL, CSPEF, FIGPME, ADPME, ASIN, FONCAT, FNEC – seront mobilisées autour d’une architecture coordonnée visant à sécuriser la chaîne d’exécution financière et à améliorer la qualité des investissements. La Cour des comptes et l’Inspection générale des finances joueront un rôle essentiel dans la vérification des dépenses et la conformité des procédures. La finalité explicite est d’installer un cadre de gestion rigoureux, fiable et transparent.
Au-delà de la seule amélioration des taux d’exécution, le PADECT vise à redéfinir le rôle des communes dans l’économie locale. En renforçant leurs capacités d’investissement, il ambitionne de dynamiser les écosystèmes territoriaux : soutien aux PME locales, financement de projets économiques, amélioration des infrastructures productives et renforcement des services publics essentiels.
Si les objectifs sont atteints, les communes béninoises pourront non seulement mieux dépenser, mais surtout dépenser pour transformer : transformer les services, transformer l’économie locale, transformer les conditions de vie des populations. Avec le PADECT dont le lancement est imminent, le Bénin amorce ainsi une évolution décisive vers une gouvernance territoriale plus performante, capable de porter une croissance plus équilibrée et plus inclusive.
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