Politique, La Marina BJ – C’est une confirmation que beaucoup n’osaient plus espérer : Les Démocrates ont reçu, hier 1ᵉʳ décembre, leur récépissé définitif pour participer aux législatives du 11 janvier 2026. Une victoire administrative qui contraste avec les récentes décisions de l’institution électorale n’ayant pas validé la participation du parti aux présidentielles, municipales et communales de 2026, et ce malgré des recours portés jusqu’aux plus hautes juridictions.
Mais si le refus institutionnel fondé sur le Code électoral appartient désormais au passé, l’obstacle le plus redoutable reste devant eux. Pour espérer siéger à la 10ᵉ législature, Les Démocrates devront affronter une exigence implacable du Code électoral : recueillir au moins 20 % des suffrages valablement exprimés dans chacune des circonscriptions électorales. Une condition qui, à elle seule, pourrait décider de la survie politique du parti dans l’hémicycle.
Le piège des 20 % : un défi assumé mais risqué
Sur les réseaux sociaux, dans les minutes ayant suivi la décision de la CENA, un même refrain revenait dans les commentaires : « C’est bien… mais il reste les 20 %. » Le parti en est pleinement conscient. Lors de sa conférence de presse du 11 novembre 2025, son secrétaire national à la communication, Guy Mitokpè, avait déjà préparé les esprits : « Les Démocrates n’ont mené aucune démarche pour un accord de gouvernance ni pour un accord de coalition parlementaire. »
Le cadre du parti balayait ainsi l’invitation du président Patrice Talon qui, face à la jeunesse le 28 juillet dernier, avait exhorté les partis à conclure des accords parlementaires pour éviter « le piège des 20 % ». Un appel entendu par la FCBE, Moele-Bénin, l’UPR et le BR — mais ignoré par Les Démocrates, fidèles à une ligne d’indépendance politique radicale.
L’article 146 du Code électoral est pourtant sans ambiguïté : 20 % des voix dans chaque circonscription pour les partis seuls ; ou 10 % au niveau national, puis cumul des voix, pour ceux ayant conclu un accord parlementaire validé par la CENA. En se présentant seuls, Les Démocrates choisissent donc la voie la plus escarpée.
Une stratégie de résistance
L’isolement n’empêche pas la stratégie. Sur Facebook, le 20 novembre 2025, Guy Mitokpè dévoile le cœur du plan : « Pour avoir l’opposition au prochain Parlement, il faut empêcher les partis du régime d’obtenir les 20 %. »
Même son de cloche chez Nourénou Atchadé, deuxième vice-président du parti, en tournée début juillet dans les 15ᵉ et 16ᵉ circonscriptions : empêcher l’Union Progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR) — même coalisés — d’atteindre le seuil fatidique dans l’une au moins des circonscriptions (Lire LMBJ du 05/07/2025).
Selon plusieurs sources internes, le parti miserait également sur une mobilisation personnelle de l’ancien président Boni Yayi pour reconquérir son bastion historique : la 8ᵉ circonscription électorale. Une présence jugée décisive pour priver la mouvance du score minimum dans ce fief symbolique.
Le poids du passé… et l’espoir du peuple
Le président Patrice Talon lui-même l’a évoqué : si aucun parti ou aucune alliance n’atteint les 20 % dans les 24 circonscriptions, la Cour constitutionnelle pourrait être saisie pour éviter un vide juridique inédit. Certains cadres du parti d’opposition semblent voir dans ce scénario une opportunité politique ; d’autres y perçoivent un pari dangereux susceptible d’aboutir à une recomposition défavorable.
Cependant, les résultats des dernières législatives plaident contre le parti d’opposition : même unis, l’UPR et le BR avaient largement franchi la barre des 20 % dans la plupart des circonscriptions électorales. Les Démocrates, eux, peinaient encore à consolider une implantation homogène.
Mais l’opinion publique n’aspire pas à revivre une Assemblée monocolore. Et c’est peut-être là que réside la chance du parti d’opposition : d’abord dans l’électorat urbain, notamment dans les circonscriptions stratégiques de Cotonou — les 15ᵉ et 16ᵉ — souvent décisives, historiquement contestataires, et plus difficiles à verrouiller.
La bataille s’annonce aussi particulièrement rude dans la 8ᵉ circonscription électorale, où l’absence de plusieurs figures influentes sur les listes de la mouvance pourrait affaiblir le camp adverse à l’opposition.
En définitive, qui doit sauver qui ?
La question n’est pas triviale. Est-ce au parti de sauver la démocratie béninoise en préservant la pluralité parlementaire ? Ou au peuple de sauver Les Démocrates, dernier bastion d’une opposition structurée, en leur offrant les voix nécessaires pour entrer dans l’hémicycle ?
L’équation est désormais entre les mains d’un électorat versatile, exigeant et parfois imprévisible. Aux dirigeants restants du parti — malgré les départs successifs — de convaincre, d’organiser, de mobiliser. Et au président Boni Yayi, en « retraite sanitaire », de décider s’il jouera une dernière carte politique aux côtés de ceux qu’il a contribué à porter.
Les jours et semaines à venir diront si la stratégie du parti était visionnaire ou suicidaire. Une chose est sûre : au soir du 11 janvier 2026, c’est peut-être moins Les Démocrates que la démocratie elle-même que les urnes auront jugée.
Affaire à suivre.
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