Élevage, La Marina BJ – Après des débuts poussifs, marqués par des lourdeurs administratives, des validations techniques interminables et des préalables sociaux non résolus, le Projet d’appui au développement des filières lait et viande et à la promotion des entreprises d’élevage (Prodefilav-Pel) semble enfin entrer dans une phase décisive. Le rapport de la dernière mission de supervision (2 au 13 octobre 2025) l’atteste : ce chantier, crucial pour la modernisation de l’agropastoralisme béninois, commence véritablement à se déployer sur le terrain.
Jusqu’ici, le programme avait peiné à dépasser le stade préparatoire, plombé par le délai mis pour la satisfaction des conditions préalables au premier décaissement (environ un an), le non-engagement des actions anticipées d’acquisition en raison d’une insuffisance de budget pour les préfinancer, ainsi que le délai pris pour le recrutement du personnel de l’unité de gestion du projet. À tel point qu’à la précédente mission, le taux de décaissement demeurait dérisoire, révélant un projet quasiment à l’arrêt. Cette période semble aujourd’hui révolue. En savoir plus.
Un décollage progressif mais tangible
Les conclusions du rapport de supervision en date du 24 novembre révèlent un changement notable : le niveau de décaissement atteint désormais près d’un quart des ressources prévues, preuve que le projet gagne en vitesse. Cette évolution s’explique par plusieurs avancées majeures : l’indemnisation et la réinstallation de toutes les personnes affectées par les travaux de l’abattoir moderne de Parakou (lire LMBJ du 12/09/2024), la validation du screening environnemental par l’ABE et la BAD, ainsi que l’accélération des procédures d’acquisition pour les infrastructures clés.
S’y ajoutent le lancement des premières campagnes de vaccination animale et l’opérationnalisation d’un fonds de garantie auprès du FNDA destiné à appuyer les entreprises d’élevage. Ensemble, ces actions marquent la transition du projet vers une dynamique d’exécution réelle, loin des hésitations des premières phases.
Un pilotage désormais mieux maîtrisé
Le verrou le plus pesant tenait à l’absence d’études techniques validées, indispensable préalable au démarrage des chantiers. Les dossiers d’appel d’offres pour l’abattoir moderne, les postes d’abattage, les marchés à bétail, les retenues d’eau, les 57 forages solaires ou encore les infrastructures de transformation et de commercialisation ont désormais franchi les étapes critiques. Les négociations avec les cabinets sélectionnés pour les études et le contrôle des travaux sont en cours, ce qui ouvre la voie au lancement effectif des ouvrages. Après des mois de blocages techniques, les objectifs programmés se rapprochent enfin d’une concrétisation sur le terrain.
Toujours selon le rapport sur l’état d’exécution et sur les résultats, l’un des progrès les plus structurants concerne la mise en place d’un fonds de garantie visant à faciliter l’accès aux ressources pour les promoteurs des entreprises d’élevage.
Le renforcement de la gouvernance interne a également joué un rôle décisif. L’Unité de gestion du projet, longtemps pénalisée par un déficit d’expérience, bénéficie désormais d’un accompagnement technique plus soutenu du bailleur qu’est la BAD, de réunions régulières consacrées à la validation des marchés et d’un suivi plus serré assuré par la PRMP et le CCMP. Ces ajustements ont permis de fluidifier la chaîne décisionnelle et de réduire les délais de traitement. Bien que le rapport considère l’exécution « satisfaisante » mais encore perfectible, il reconnaît que le projet a clairement changé de trajectoire et évolue désormais « dans une bonne dynamique ».
Des résultats encore en gestation
Les indicateurs finaux — augmentation du revenu des éleveurs, hausse de la production de lait et de viande, utilisation des infrastructures modernisées — n’affichent pas encore de progression mesurable. Normal : les infrastructures ne sont pas encore opérationnelles. Toutefois, les bases techniques, sociales et administratives posées au cours des derniers mois devraient permettre aux effets du projet de se matérialiser rapidement. Le prochain cycle de supervision devrait marquer l’entrée dans une phase où les impacts économiques et sociaux commenceront à être visibles sur les territoires.
Après une longue période de latence, le projet Lait & Viande du Bénin opère enfin son véritable lancement, malgré son entrée en vigueur dès février 2022. L’accélération des décaissements, la stabilisation sociale, l’avancement des études techniques et la montée en puissance de la gouvernance traduisent une mutation profonde. Le plus dur semble passé. Le défi, désormais, est de convertir cette dynamique en résultats concrets pour les acteurs de terrain et pour les territoires du nord du Bénin. Le projet a trouvé son rythme mais il lui reste maintenant à tenir la cadence jusqu’au 30 juin 2027, date à laquelle il doit être clôturé.
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