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Élections générales de 2026 au Bénin : Amnesty International et 13 organisations publient un manifeste pour les droits humains

Politique & Société civile, La Marina BJÀ quelques jours du scrutin législatif et communal du 11 janvier 2026, et à trois mois de la présidentielle d’avril, la société civile béninoise sort de son silence. Un collectif de quatorze organisations, mené par Amnesty International Bénin, vient de publier un manifeste exigeant des candidats un engagement formel sur la protection des libertés fondamentales. Entre rétrécissement de l’espace civique et urgence sociale, cet outil de plaidoyer se veut une feuille de route pour le prochain septennat.

L’atmosphère préélectorale au Bénin s’enrichit d’un nouveau document de référence. Intitulé « Les candidat·e·s aux élections doivent s’engager à protéger les droits humains alors que l’espace civique se réduit », ce texte n’est pas une simple déclaration d’intention. C’est un diagnostic sans complaisance et un catalogue de réformes soumis aux prétendants au pouvoir. Pour Dieudonné Dagbéto, Directeur exécutif d’Amnesty International Bénin, « l’espace civique rétrécit toujours plus au Bénin ».

Le Code du numérique et la liberté d’expression en ligne de mire

Le premier grand chantier identifié par le manifeste concerne la préservation des libertés publiques. Les organisations signataires pointent du doigt le Code du numérique, qu’elles considèrent comme un instrument de criminalisation de la parole libre, notamment à travers les dispositions sur le harcèlement électronique. Elles exigent une révision profonde de ce cadre législatif pour le rendre « compatible avec les normes internationales de protection des droits humains » .

Parallèlement, le collectif appelle à une réforme du Code pénal afin de mettre un terme à l’interdiction systématique des rassemblements pacifiques, souvent justifiée par des motifs vagues de trouble « à la tranquillité publique ». Les signataires insistent sur la nécessité d’enquêtes impartiales sur les cas de recours excessif à la force lors des manifestations passées.

Rompre avec l’arbitraire

Le manifeste remet également sur la table la question sensible des détenus politiques et des figures de l’opposition. En s’appuyant sur les conclusions du Groupe de travail des Nations unies, les organisations de la société civile, sans mentionner de noms, demandent la libération immédiate de toute personne détenue sans motif légal.

Cette exigence de justice s’accompagne d’un plaidoyer pour le rétablissement de la compétence de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, afin de permettre aux citoyens et aux ONG de déposer des plaintes directes. Le document souligne que l’accès à une aide juridique effective reste un défi majeur pour l’équité des procès au Bénin.

Concernant l’univers carcéral, le collectif appelle à un changement de paradigme pour lutter contre la surpopulation. Le manifeste propose que la détention provisoire devienne une mesure de dernier recours et que les procédures judiciaires soient accélérées. Les signataires exhortent les futurs élus à appliquer les lois offrant des alternatives à l’emprisonnement pour les délits mineurs, tout en garantissant aux détenus un accès décent à l’eau potable, à l’assainissement et à des soins de santé qualifiés. La lutte contre la torture et les mauvais traitements en milieu carcéral demeure une priorité absolue de cette feuille de route.

Un volet social face aux crises sécuritaires et foncières

Au-delà des libertés civiles, le document embrasse les enjeux socio-économiques et la protection des plus vulnérables. Dans un contexte marqué par l’expansion du conflit sahélien dans le nord du pays, le Bénin comptait, fin 2025, plus de 57 000 personnes déplacées et réfugiées. Le manifeste exhorte les prochaines autorités à respecter leurs obligations internationales en coordonnant une assistance humanitaire efficace et un accès aux services de base pour ces populations privées de leurs terres.

L’inclusion est également au cœur des préoccupations, avec une demande pressante pour augmenter la représentation des femmes dans les instances de décision et améliorer l’accès à l’éducation spécialisée pour les personnes vivant avec un handicap. Sur le plan intérieur, le collectif dénonce les conséquences sociales des projets de développement qui ont entraîné l’expulsion forcée de milliers de citoyens depuis 2021. Les signataires demandent que tout futur projet garantisse une indemnisation équitable et une solution de relogement adéquate avant tout déguerpissement.

Enfin, le manifeste appelle au rétablissement du droit de grève, dont les restrictions imposées depuis 2018 sont jugées disproportionnées. Les organisations souhaitent que les interdictions de débrayage soient strictement limitées aux seuls services essentiels, afin de restaurer un équilibre nécessaire dans le dialogue social.

« Nos recommandations ne sont pas exhaustives mais elles fournissent une feuille de route pour renforcer le respect des droits humains. Nous appelons tous les partis politiques et candidat·e·s à s’engager en ce sens », a déclaré, pour finir, Dieudonné Dagbéto d’Amnesty International Bénin.

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