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Présidentielle 2026 au Bénin : La participation, le véritable adversaire de Romuald Wadagni ?

Politique, La Marina BJ Au Bénin, la politique a horreur du vide, mais elle craint par-dessus tout le silence des urnes. Alors que la nation se projette vers le scrutin présidentiel du 12 avril 2026, une certitude s’est installée dans l’opinion : la victoire du candidat de la mouvance, Romuald Wadagni, semble mathématiquement acquise. Pourtant, derrière l’assurance d’un triomphe du pouvoir en place, se cache un défi bien plus périlleux que la concurrence partisane : celui de la participation.

Pour le ministre d’État Romuald Wadagni, face à son unique challenger Paul Hounkpè du parti Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), l’enjeu n’est plus seulement de l’emporter, mais de vaincre l’abstention pour asseoir une légitimité incontestable.

Le « K.O. », une tradition à l’épreuve du temps

Le concept de victoire dès le premier tour, le célèbre « K.O. », n’est pas nouveau au Bénin, mais sa nature a radicalement changé en quinze ans. En 2011, sur un corps électoral d’environ 3,6 millions d’inscrits, plus de 3,1 millions de citoyens s’étaient rendus aux urnes. Boni Yayi l’emportait alors avec 53,13 % des voix, soutenu par un taux de participation record de 84,3 %. À cette époque, et malgré la contestation des résultats par l’opposition, la légitimité du président était portée par une mobilisation populaire massive dans un climat de pluralisme total.

Dix ans plus tard, en 2021, l’actuel chef de l’État, Patrice Talon, franchissait la barre des 86,30 %, mais avec une participation tombée à 50,63 %. Ce score historiquement élevé, obtenu dans une configuration où, selon certains observateurs, l’offre politique était restreinte après les réformes politiques, soulevait déjà la question de l’adhésion réelle au-delà des cercles de convaincus.

Le signal d’alarme

Les résultats du double scrutin du 11 janvier dernier tirent une sonnette d’alarme que la mouvance ne peut ignorer. Si l’Union Progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR) ont consolidé leur emprise avec respectivement 1 149 251 voix (41,21 %) et 1 021 459 voix (36,62 %) aux législatives, le paysage électoral reste marqué par une faible affluence. De son côté, la FCBE de Paul Hounkpè n’a recueilli que 133 263 suffrages (4,78 %), échouant à obtenir le moindre siège à l’Assemblée nationale. Au niveau communal, l’UPR et le BR ont d’ailleurs déjà raflé la mise avec respectivement 48,93 % et 44,43 % des voix, tandis que la FCBE stagnait à 6,65 % (180 663 voix), se retrouvant sans conseillers municipaux.

Avec un taux de participation national s’établissant à 36,74 % pour les législatives et 36,67 % pour les communales, le constat est lucide malgré les explications : près de deux Béninois sur trois ne se sont pas déplacés le jour du vote. Ce désintérêt, accentué par un cadre législatif ayant écarté l’opposition radicale du Parlement, crée un paradoxe.

Le candidat Romuald Wadagni dispose d’une machine électorale surpuissante, mais pourrait faire face, si l’on se réfère au score des partis le soutenant lors des récentes élections, à un désengagement civique marqué. Dans les états-majors de la majorité présidentielle, l’objectif serait clairement de rééditer, voire de dépasser la performance de 2021. Mais pour y parvenir, il est crucial d’accompagner la victoire d’une adhésion populaire dépassant les chiffres de participation du 11 janvier 2026. Cette mission ne semble toutefois pas insurmontable car au-delà des partis de la mouvance, plusieurs personnalités, malgré leurs critiques vis-à-vis du régime, ont publiquement manifesté leur soutien au ministre d’État (Lire LMBJ du 2/09/2025)

Transformer l’élection en pacte national

Un score présidentiel dépassant les 85 %, s’il était obtenu avec une participation stagnante autour de 35 %, poserait un défi de gouvernance symbolique. Pour le ministre d’État Romuald Wadagni, soutenu par l’ensemble de la majorité, y compris MOELE-Bénin et ses 1,19 % aux législatives, le défi consiste à transformer ce qui pourrait ressembler à une élection de technocrates en un véritable pacte national.

En l’absence de la contestation traditionnellement portée par le parti « Les Démocrates » (16,20 % aux législatives mais écarté du scrutin présidentiel faute du nombre de parrainages requis), la majorité doit désormais générer elle-même l’enthousiasme nécessaire. Il s’agit de convaincre que le rendez-vous du 12 avril prochain n’est pas un simple formalisme administratif. Bien que les textes ne requièrent aucun taux de participation minimal pour valider l’élection, il semble impératif de vaincre « le silence des urnes ».

Comme en témoignent certaines réactions sur les réseaux sociaux, la légitimité du prochain chef d’État ne se mesurera pas uniquement au pourcentage de bulletins en sa faveur, mais à la force du mandat que lui conférera le peuple par sa présence massive. Si le candidat président Romuald Wadagni souhaite éviter le piège d’un pouvoir perçu comme exclusivement monolithique, il devra impérativement s’adresser durant sa campagne électorale aux « silencieux » du 11 janvier dernier. Le 12 avril 2026, le verdict des pourcentages sera sans doute sans appel face à une FCBE affaiblie. Cependant, c’est le chiffre de la participation qui déterminera si le futur président dispose du capital politique nécessaire pour mener les grandes réformes à venir. Au Bénin d’aujourd’hui, pour asseoir une autorité incontestée, le plus dur n’est désormais plus de gagner, mais de faire voter. À suivre.

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