Emploi, La Marina BJ – Alors que le Bénin consolide sa position parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, le dernier rapport « Profil du marché du travail 2025/2026 » dresse un constat saisissant. Publié par l’Agence syndicale danoise de coopération au développement (ADCD), en partenariat avec l’Union nationale des syndicats des travailleurs du Bénin (UNSTB), ce document révèle qu’au-delà des statistiques de croissance, le marché de l’emploi reste marqué par une fragilité structurelle profonde.
Les chiffres officiels ont de quoi faire rêver les économistes : un taux de chômage stabilisé à 1,7 %, l’un des plus bas de la sous-région. Pourtant, ce chiffre masque une réalité sociale beaucoup plus complexe. Au Bénin, selon les experts de l’ADCD et de l’UNSTB, le défi n’est pas tant de trouver une activité que de sortir de la précarité.
L’informalité, le vrai visage de l’économie ?
Le rapport souligne un chiffre vertigineux selon lequel 94 % des emplois non agricoles se situent dans le secteur informel. Cette informalité massive signifie que la quasi-totalité de la force de travail évolue sans filets de sécurité, sans contrats formels ni droits syndicaux effectifs. Pour l’UNSTB, le diagnostic est sans appel : le pays fait face à un « sous-emploi invisible ». Avec 88 % de travailleurs indépendants, la majorité des actifs béninois exercent une activité de survie à faible productivité. Bien que la pauvreté ait légèrement reculé pour s’établir à 36 % en 2022, le travail ne garantit pas encore une sortie durable de la vulnérabilité pour des millions de citoyens.
L’avenir du pays, porté par une démographie galopante, est à la croisée des chemins. Chaque année, environ 106 000 jeunes arrivent sur le marché du travail. Le rapport tire la sonnette d’alarme : 15 % des 15-24 ans tombent dans la catégorie des « NEET » (ni en emploi, ni en éducation, ni en formation), tandis que le travail des enfants concerne encore près de 20 % des mineurs.
À cela s’ajoute l’émergence des plateformes numériques. Si elles offrent des opportunités nouvelles, elles accentuent aussi la précarisation en l’absence d’un cadre juridique adapté. Le Code du travail, bien que réformé par touches successives, peine encore à s’aligner sur les standards internationaux pour encadrer ces mutations technologiques et protéger ces « nouveaux travailleurs ».
Les angles morts
Sur le front des droits, le climat reste contrasté. Si le nombre d’inspecteurs du travail a doublé et que le programme de protection sociale ARCH gagne du terrain pour les plus démunis, la voix des travailleurs semble s’essouffler. La réforme de 2020, imposant un seuil de représentativité de 20 %, a affaibli de nombreuses organisations syndicales dans un contexte où le taux de syndicalisation stagne entre 4 et 6 %.
Enfin, le rapport pointe un « angle mort » préoccupant à savoir la transition juste. Alors que le Bénin est l’un des pays les plus vulnérables aux chocs climatiques (lesquels affectent un secteur agricole générant 30 % du PIB), les politiques de l’emploi et les acteurs syndicaux restent trop peu associés aux stratégies environnementales nationales.
En définitive, le rapport de l’ADCD et de l’UNSTB confirme que la stabilité macroéconomique du Bénin est une base solide, mais insuffisante pour garantir le bien-être social. Le véritable chantier pour 2025-2026 n’est plus la lutte contre le chômage de masse, mais la transformation qualitative de l’emploi. Pour que la croissance profite réellement à tous, l’urgence est désormais à la formalisation massive, à la protection sociale universelle et à l’adaptation du droit du travail aux réalités du XXIe siècle. Le diagnostic syndical est posé ; Il s’agit désormais de transformer la résilience économique en dignité réelle pour le travailleur béninois.
Avec la contribution de Noé William HOUNKANRIN (Collaborateur extérieur LMBJ)
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