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Bénin : Quand la Route des Pêches force l’État à assouplir (un peu) les règles du raccordement électrique

Infrastructures, La Marina BJ La pression née des travaux de la Route des Pêches oblige l’État à tester, pour la première fois depuis le décret de 2024, un assouplissement encadré des règles strictes du raccordement électrique. Une expérimentation limitée, mais qui pose les bases d’une réflexion nationale sur un processus jugé trop lent et trop complexe.

Selon nos informations, et suite à une saisine en juin 2025 de la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE), l’Autorité de régulation de l’électricité (ARE) a rendu un avis le 13 novembre 2025 validant, sous conditions, la mise en place d’une procédure exceptionnelle destinée à accélérer l’accès à l’électricité des ménages installés le long de la Route des Pêches dans le cadre de sa phase 1 d’aménagement. Un ajustement technique qui, en réalité, en dit long sur le fonctionnement et les limites actuelles du secteur électrique béninois.

Une rigidité réglementaire qui ralentit les raccordements

Depuis l’adoption du décret n°2024-1393, toute installation électrique doit obligatoirement être contrôlée par CONTRELEC avant la mise sous tension, sous peine d’amendes et de sanctions lourdes. L’attestation de conformité constitue un préalable impératif, la SBEE n’étant pas autorisée à alimenter une installation non contrôlée. Par ailleurs, les clients ne peuvent en aucun cas engager leur propre responsabilité pour une installation non conforme, cette obligation revenant à l’État via CONTRELEC.

Sur le terrain, ces exigences provoquent des délais significatifs dans l’obtention de l’attestation, ralentissant la mise en service et créant un véritable goulot d’étranglement national, que l’ARE confirme explicitement dans son avis consulté par La Marina BJ.

Pour la SBEE, il était impossible d’accompagner sereinement l’avancée des travaux routiers sans un dispositif temporairement plus agile. Dans sa requête, elle transmet donc à l’ARE une proposition officielle visant à simplifier le processus de raccordement dans les zones concernées. Après analyse, l’ARE reconnaît que la problématique soulevée « a une portée plus générale » et dépasse largement le périmètre de la Route des Pêches. Mais c’est ce chantier structurant qui servira de laboratoire national pour tester un assouplissement encadré, sous haute surveillance, afin de concilier efficacité opérationnelle et respect des impératifs de sécurité.

Un projet qui bouscule les normes

La SBEE a présenté deux scénarios expérimentaux. La première option, dite « pose passive », consiste à installer le compteur sans l’activer tant que le client n’a pas obtenu l’attestation de conformité. Si elle permet d’accélérer les branchements, elle expose à des risques de fraude et de dérivation clandestine, conduisant l’ARE à la rejeter. La seconde option prévoit l’activation immédiate du compteur, avec un contrôle a posteriori dans un délai maximal de 60 jours. Elle offre un raccordement plus rapide et laisse aux ménages le temps de se mettre en conformité, mais comporte un risque en cas d’incident sur une installation non conforme.

L’ARE l’accepte toutefois sous conditions strictes : élaboration d’une liste des défauts non dangereux, suspension automatique de l’électricité au bout de 60 jours en l’absence de conformité, et suivi rigoureux assuré par la SBEE et CONTRELEC. Ce cadre renforcé vise à maintenir un niveau de sécurité satisfaisant tout en permettant une flexibilité exceptionnelle. L’Autorité se montre par ailleurs catégorique : la procédure simplifiée ne s’applique qu’à la Route des Pêches — phase 1 — et pour une durée de six mois renouvelable une seule fois.

Une expérimentation qui pourrait peser dans une future réforme nationale

La décision de l’ARE dépasse néanmoins le seul cadre du littoral. Le régulateur reconnaît que la difficulté d’obtenir rapidement l’attestation de conformité concerne l’ensemble du pays, y compris les zones hors réseau où la procédure actuelle reste difficile à appliquer. En demandant une étude approfondie de toute la chaîne de raccordement, l’ARE ouvre la porte à un possible rééquilibrage entre exigences de sécurité et impératifs opérationnels. La Route des Pêches devient de fait un laboratoire : si l’activation provisoire sous contrôle strict s’avère fonctionnelle et sûre, elle pourrait inspirer un ajustement national du dispositif, sans pour autant remettre en cause le principe du contrôle obligatoire.

Aucune extension automatique à l’échelle nationale n’est envisagée, du moins pour le moment. Toutefois, l’Autorité demande une révision en profondeur du processus de raccordement, estimant qu’une réforme structurelle est désormais indispensable pour réduire les délais, tant dans les zones interconnectées qu’en sites hors réseau. Cette dérogation expérimentale marque ainsi un point d’alerte institutionnel sur les limites du dispositif actuel.

Si la dérogation reste strictement circonscrite, elle établit un précédent majeur. Pour la première fois depuis le dernier décret, l’État reconnaît que la procédure actuelle de raccordement ralentit l’électrification des ménages et qu’elle peut — dans un cadre maîtrisé — être temporairement adaptée sans compromettre la sécurité.

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