Diplomatie, La Marina BJ – Alors que le départ de l’actuel ambassadeur des États-Unis au Bénin, Brian Shukan, est acté pour le 21 février 2026, Washington n’a toujours pas officialisé le nom de son successeur. Entre transition politique, blocages législatifs et réalignement stratégique,en savoir plus sur un retard qui interroge.
C’est une période de flottement qui ne passe pas inaperçue dans les cercles diplomatiques de Cotonou. À quelques semaines de la fin de mission de S.E.M. Brian W. Shukan, le processus de nomination de son remplaçant semble au point mort du côté de la Maison Blanche. Si la continuité des relations sera assurée par un intérim, ce « vide » à la tête de la chancellerie américaine soulève des interrogations sur le calendrier de Washington envers son partenaire béninois.
L’effet « page blanche » de l’administration Trump
Selon nos informations, la première explication est d’ordre structurel. Depuis l’investiture de la nouvelle administration américaine en janvier 2025, le Département d’État, sous l’impulsion de Marco Rubio, a entrepris une révision globale de ses nominations mondiales.
Le cas de Kali C. Jones, dont le nom avait été proposé par l’administration Biden en juillet 2024 pour prendre la succession de l’actuel ambassadeur, illustre parfaitement ce blocage. Son dossier a été officiellement renvoyé à la Maison Blanche par le Sénat le 3 janvier 2025, sans avoir été confirmé. Pour la nouvelle équipe au pouvoir, ce processus appartient désormais au passé. Fidèle à sa doctrine, l’administration actuelle souhaite placer des profils en parfaite adéquation avec sa vision de la politique étrangère, ce qui impose de repartir de zéro.
Au-delà de la Maison Blanche, c’est au Capitole que le bât blesse. Le système américain impose que chaque ambassadeur soit auditionné, puis confirmé par le Sénat. Or, dans un contexte de polarisation politique extrême, « les nominations diplomatiques deviennent souvent des monnaies d’échange législatives », analyse l’un de nos spécialistes à la rédaction.
Le Bénin, bien que partenaire stratégique notamment dans la lutte contre l’expansion du terrorisme au Sahel et bénéficiaire de programmes majeurs comme le Millennium Challenge Corporation (MCC), ne figure pas encore au sommet de la pile des priorités urgentes du Sénat. Le contraste est saisissant avec des pays tels que l’Islande, la Norvège ou la Hongrie, dont les nominations d’ambassadeurs ont été formellement transmises par la Maison Blanche au Sénat américain le 13 janvier 2026. La chambre haute reste, par ailleurs, encombrée par des dossiers brûlants comme l’Ukraine, le Moyen-Orient ou Taïwan.
Un message pour le gouvernement béninois ?
En attendant que Washington se décide, qui tiendra la barre ? Selon une source bien informée, dès le 21 février prochain, c’est Brinille Eliane Ellis, actuelle chef de mission adjointe, qui prendra les rênes de l’ambassade en tant que Chargée d’Affaires par intérim. Ce mode de gestion, courant dans la diplomatie américaine, permet de ne pas paralyser les dossiers en cours. Les projets de développement et les accords de coopération militaire se poursuivront normalement.
Toutefois, l’absence d’un ambassadeur de plein titre (nommé par le Président et confirmé par le Sénat) limite parfois la portée politique des messages et la rapidité des décisions de haut niveau. Faut-il y voir un désintérêt ? Nos diverses sources sont formelles, ce retard est davantage le reflet d’une machine bureaucratique américaine en pleine mutation qu’un signal de retrait.
Cependant, dans un paysage régional où la concurrence diplomatique est de plus en plus vive, la nomination rapide d’un nouvel émissaire sera le signal fort que Washington entend rester un acteur central au Bénin. Le Département d’État a désormais la balle dans son camp pour transformer cette période d’attente en un nouveau chapitre dynamique pour l’axe Cotonou-Washington.
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