Politique, Bénin – Discret mais déterminé, fidèle mais ambitieux, Jacques Ayadji veut inscrire durablement le parti MOELE-Bénin dans l’échiquier politique national. Sept ans après sa création, le parti revendique un ancrage réel, une ligne claire et une loyauté sans faille envers la majorité présidentielle.
Le Mouvement des Élites Engagées pour l’Émancipation du Bénin (MOELE-Bénin) célèbre, ce 28 juillet 2025, ses sept années d’existence. Une étape symbolique pour Jacques Ayadji, qui a accordé une interview dense, entre mémoire, introspection et projection, aux journalistes Paul Amoussou (La Nation) et Moïse Dossoumon (Fraternité). Avec un cap à court terme : les élections générales de 2026.
Pas de fastes ni de démonstrations tapageuses pour marquer cet anniversaire. Pour Jacques Ayadji, la célébration est ailleurs : dans la structuration continue du parti, la tenue régulière de ses instances et la formation idéologique de ses cadres. « Si vous appelez cela célébration, être bien, c’est notre manière de célébrer cet âge de raison », tranche-t-il. « Pour le Bureau Politique National (BPN) et pour nos militants, l’heure est au souvenir, à l’introspection et à la projection », résume d’emblée le président du parti.
Créé dans le sillage de la réforme du système partisan, MOELE-Bénin refuse d’être assimilé aux multiples blocs nés de la fusion d’anciens partis.
« MOELE-BÉNIN n’est pas un regroupement d’anciens partis politiques mais une initiative née sur la base d’un constat, d’une conviction et d’une détermination », insiste le ministre conseiller Jacques Ayadji, visiblement soucieux de préserver une singularité méthodique et progressiste.
Un ancrage territorial revendiqué
Face aux critiques sur la faible visibilité de MOELE-Bénin, Jacques Ayadji réplique par les faits : sa formation aurait été la seule à assurer une présence dans les 546 arrondissements lors de la campagne présidentielle de 2021 du duo Talon-Talata. « C’est cela qui a valu la décision du candidat Patrice Talon de demander à ce que ce soit notre parti qui désigne, tout seul, les 546 coordonnateurs d’arrondissement du duo », révèle-t-il, comme pour rappeler que l’efficacité vaut mieux que le vacarme.
Le parti s’appuie, dit-il, sur une base militante jeune, féminine et inclusive. « MOELE-BÉNIN, ce sont des figures politiques d’envergure […] mais c’est aussi et surtout, beaucoup plus, les jeunes, les femmes et les personnes en situation de handicap. »
Alors que l’horizon électoral de 2026 s’approche, MOELE-Bénin entend se faire entendre sans rompre les rangs de la majorité. « MOELE-BÉNIN est un parti politique de la majorité présidentielle… fidèle, sincère, loyal et discipliné dans ses engagements. […] Les choix de notre camp seront les nôtres », martèle Jacques Ayadji, excluant toute aventure solitaire à la présidentielle. S’il reconnaît que son parti n’a pas les parrainages requis pour briguer la magistrature suprême, il ne s’en émeut pas. La logique, pour lui, reste collective : « C’est cela, la discipline de groupe en politique. »
Un système partisan à repenser ? Oui, mais autrement
À contre-courant de certains acteurs de l’opposition qui fustigent le code électoral, Jacques Ayadji appelle à un vrai débat, plus profond : celui de l’idéologie. « Repenser le système partisan est une démarche qui devrait commencer par un point, celui du débat idéologique […] C’est plutôt cela l’exercice difficile, la mer à boire », juge-t-il.
Parlant de ses relations avec le chef de l’État Patrice Talon, fervent défenseur du système partisan, le ministre conseiller évoque un allié « écouté mais pas flatté ». Le président de MOELE-Bénin rappelle qu’il est un proche du président Talon, qu’il a servi à plusieurs postes techniques depuis 2016. Pourtant, Jacques Ayadji reste pudique sur la nature de leurs échanges :
« Ce n’est pas sur la place publique qu’un responsable aborde ce genre de sujet », élude-t-il, tout en reconnaissant chez le chef de l’État une « qualité remarquable d’écoute active ».
Fusionner ? Une hérésie stratégique
Face à la tentation des grandes coalitions ou des fusions dictées par l’opportunisme électoral, Ayadji reste ferme : MOELE-Bénin ira sur son chemin.
« Pourquoi estimez-vous que fusionner avec une autre formation politique serait un choix de raison ? Si c’est pour fusionner après, pourquoi ne pas l’avoir fait directement plutôt que de faire quand même l’étape de la création ? Ce n’est pas notre conception de l’action politique. Un parti politique, c’est un groupe d’hommes et de femmes liés par une idéologie qu’ils défendent ensemble et qu’ils travaillent à fédérer du monde autour de cette idéologie, pour conquérir et exercer le pouvoir d’État », insiste-t-il.
Néanmoins, il n’exclut pas des passerelles avec d’autres formations, à condition qu’elles partagent une vision commune, fondée notamment sur le patriotisme économique : « Produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons. »
2026, tremplin ou test ? MOELE-Bénin sait qu’il joue gros en 2026 : exister électoralement, gagner des sièges, crédibiliser son implantation. Et au-delà, « construire sur du roc », comme le martèle son président. Dans une majorité présidentielle marquée par l’hégémonie de l’UPR et du BR, la petite formation de Jacques Ayadji trace sa route. Discrète, mais résolue. « Nous ne serons pas un feu de paille, comme ce fut le cas des ancêtres des partis politiques hégémoniques », prévient-il. Le rendez-vous est pris.