Microfinance, La Marina BJ –Alors que le secteur de la microfinance continue d’élargir sa base clientèle dans l’espace UMOA, les derniers chiffres arrêtés à fin mars 2025 mettent en lumière une dynamique contrastée. Dans un contexte régional tendu, le Bénin s’illustre par une collecte record de dépôts, tout en affichant la plus forte contraction de crédits de toute l’Union. Une double dynamique révélatrice des mutations – et des fragilités – d’un modèle en quête d’équilibre.
Paradoxale, la performance du secteur béninois de la microfinance au premier trimestre 2025 l’est à plus d’un titre. Alors que le pays signe la plus forte progression en pourcentage des dépôts collectés dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UMOA), il enregistre également le recul le plus brutal de l’encours des crédits.
Selon les données officielles publiées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), les institutions de microfinance opérant au Bénin ont collecté 15,2 milliards de F CFA de dépôts supplémentaires sur les trois premiers mois de l’année, soit une hausse remarquable de 7,7 %. Une performance salutaire, au regard d’une moyenne régionale de 4,1 % (soit 102 milliards), tirée également par la Côte d’Ivoire (+4,0 %), le Burkina Faso (+5,2 %) et le Togo (+5,5 %).
Confiance renforcée, mais prudence des guichets
Cette embellie traduit une montée en puissance de la confiance des usagers, particuliers comme groupements, dans le système financier décentralisé béninois. Elle reflète aussi les efforts continus du gouvernement et des acteurs du secteur pour promouvoir l’inclusion financière dans un pays où près de 70 % de la population reste en dehors du circuit bancaire classique.
Mais ce tableau en demi-teinte se fissure lorsqu’on observe la dynamique du crédit. Avec une chute de 38,4 milliards de F CFA (-14 %), le Bénin affiche le repli le plus sévère de l’Union. Loin devant le Togo (-5,2 %), le Mali (-3,2 %) ou la Côte d’Ivoire (-1,7 %). En cause, selon notre spécialiste à la rédaction « la saisonnalité des besoins en financement, un phénomène récurrent en début d’année, mais aussi une forme de frilosité croissante de certains guichets face à une dégradation du risque. »
Un risque crédit de plus en plus difficile à contenir
Car si les dépôts grimpent, la qualité du portefeuille de crédits, elle, se détériore, à l’échelle de l’Union comme au Bénin. Le taux brut de dégradation a bondi à 9,8 % à fin mars 2025, loin des 3 % considérés comme soutenables par les régulateurs. En toile de fond : la persistance des arriérés de paiement, la précarité des emprunteurs post-Covid, et une gouvernance encore fragile de certains SFD.
Le pays compte d’ailleurs quatre institutions sous administration provisoire, sur les dix recensées dans l’ensemble de l’UMOA. Une alerte rouge dans un secteur perçu comme stratégique pour le financement des activités agricoles, artisanales et informelles, en particulier pour les femmes et les jeunes entrepreneurs.