Retraite, La Marina BJ– La revalorisation des salaires décidée fin 2022 a mécaniquement entraîné celle des pensions. Un geste social salué, mais qui creuse un déficit structurel dont l’ardoise risque de peser jusqu’en 2032, selon les perspectives financières du Fonds national des retraites du Bénin (FNRB) récemment rendues publiques par la Direction générale du budget.
En décembre 2022, le gouvernement béninois lançait une vaste opération de revalorisation salariale pour l’ensemble des fonctionnaires. Conducteurs, agents de santé, enseignants, policiers, militaires, etc., tous voyaient leurs revenus nets augmenter, parfois de manière spectaculaire : +66 % pour un conducteur de véhicules administratifs en début de carrière, +56 à +32 % pour un agent d’entretien des services de santé, +49 à +33 % pour un instituteur adjoint, ou encore +46 à +22 % pour un militaire du rang.
Un effort financier chiffré à plus de 60 milliards de F CFA dès la première année, accompagné d’un relèvement du SMIG à 52 000 F CFA à compter du 1er janvier 2023. Ce rattrapage salarial a eu un effet collatéral immédiat : les pensions des retraités relevant du FNRB ont été revalorisées dans les mêmes proportions. Objectif affiché : éviter que les anciens fonctionnaires ne voient leur pouvoir d’achat s’effondrer.
Par la suite, le Conseil des ministres du 15 septembre 2023 a détaillé la grille : pensions de 24 000 à 25 900 F CFA, soit un relèvement à 31 200 F CFA ; pensions de 26 000 à 75 000 F CFA : +20 % ; pensions de 75 100 à 85 700 F CFA : portées à 90 000 F CFA ; pensions de 85 800 à 150 000 F CFA : +5 % ; pensions supérieures à 255 000 F CFA : +1 %. Même les rentes temporaires ont été revalorisées, à hauteur de 5,3 %, dans un souci d’équité. Toutes ces mesures étaient rétroactives au 1er janvier 2023.
Un déficit qui s’installe
Mais derrière cette avancée sociale salutaire du régime de la rupture, la réalité comptable est moins reluisante. En 2024, selon les données de la Direction générale du budget, le déficit du FNRB atteint 29,7 milliards de F CFA, contre 29,3 milliards en 2023. Certes, il reste inférieur aux 32,6 milliards de 2022, mais uniquement grâce à une sous-exécution des dépenses de pension.
Les recettes – dominées par les cotisations – progressent, passant de 54,8 milliards en 2022 à 59,9 milliards en 2024. Problème : les charges, principalement liées au paiement des pensions, atteignent 89,6 milliards. Et la tendance ne s’inversera pas à court terme.
Il est attendu, pour fin 2025, un effet boomerang. D’après les mêmes données, après deux années de baisse des effectifs (-3 % en 2023, -4 % en 2024), le nombre de pensionnés repartira à la hausse en 2025 : +5,4 % au total, dont +8,1 % pour les seuls retraités. S’ajoute le remboursement de la dette liée à la revalorisation, qui viendra alourdir encore la facture.
Réformer ou s’endetter
À l’exécutif béninois, on ne compte pas rester les bras croisés. Le FNRB mise sur une étude actuarielle ( déjà en cours), devant aboutir à des mesures opérationnelles, pour moderniser son régime, améliorer la collecte et instaurer une retraite complémentaire, avec pour objectif un retour à l’équilibre en 2032.
Mais le calendrier est serré. Entre 2026 et 2028, 4 168 agents quitteront la fonction publique, réduisant les recettes de 894 millions de F CFA et ajoutant 1,7 milliard de charges annuelles. Même en maîtrisant les dépenses – autour de 91,9 milliards de F CFA à partir de 2027 – la progression des recettes resterait limitée (+5,1 % sur la période).
La politique de gestion des pensions, telle que dévoilée dans le dernier document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle, repose sur une triple promesse visant à améliorer l’offre des prestations aux pensionnés du FNRB. Cette promesse est de garantir un revenu décent, améliorer la couverture santé et moderniser l’administration. Mais elle se heurte pour l’instant à un constat implacable : chaque revalorisation de pension, si légitime soit-elle, a un coût durable qui nécessite une réforme rapide et un élargissement des sources de financement pour assurer la pérennité de la mesure. À suivre.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.