Politique, La Marina BJ – Dans un courrier adressé au président du Parlement communautaire, le juriste Adégbola Franck Oké dénonce des dispositions électorales au caractère « sélectif » et appelle à une vigilance accrue pour éviter une crise politique dans un contexte régional explosif.
Le débat sur les réformes électorales béninoises franchit désormais les frontières nationales. Dans une lettre adressée au président du Parlement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le juriste et consultant Adégbola Franck Oké met en garde contre ce qu’il qualifie de dérives législatives à l’approche des élections générales prévues en 2026. Selon lui, ces nouvelles dispositions fragilisent « la transparence du scrutin » et risquent d’ouvrir la voie à une crise politique dont les répercussions pourraient dépasser le cadre béninois.
Un parrainage présidentiel à 15 %, symbole d’un jeu verrouillé
Dans son courrier, Adégbola Franck Oké s’attaque d’abord à l’article 132 du code électoral. Celui-ci exige désormais qu’un candidat à la présidence ou à la vice-présidence soit soutenu par au moins 15 % des députés ou maires, répartis dans trois cinquièmes des circonscriptions législatives. Une barre relevée de cinq points par rapport à l’ancien dispositif.
Cette condition « érige des barrières discriminatoires » et exclut de fait l’opposition, déjà affaiblie, écrit-il, estimant que ce mécanisme entérine le contrôle du jeu politique par deux formations proches du pouvoir.
Autre mesure décriée, l’article 146, qui impose un seuil de représentativité de 20 % dans chaque circonscription pour obtenir des sièges parlementaires. Seule exception, selon l’auteur de la lettre, les partis ayant constitué une coalition déclarée auprès de la Commission électorale nationale autonome (CENA), qui peuvent se contenter d’un score national de 10 %.
Pour le juriste, cette architecture électorale favorise ouvertement « le Bloc Républicain et l’Union Progressiste-Le Renouveau » et altère gravement le principe d’égalité des chances.
Un déficit de transparence au détriment de la confiance citoyenne
La lettre souligne également le manque d’accès aux documents électoraux originaux, tels que les procès-verbaux de la CENA. « Cette opacité entame la crédibilité du processus électoral et mine la confiance des citoyens dans les mécanismes démocratiques », alerte le juriste.
Il appelle la CEDEAO à élargir sa vigilance au-delà de la seule condamnation des coups d’État. « L’efficacité de ses mécanismes de prévention des crises dépend étroitement de sa capacité à anticiper les risques et à agir en amont, avant que les tensions ne se transforment en conflits. » Le juriste exhorte ainsi l’organisation régionale à intervenir dès maintenant pour « renforcer la légitimité des institutions et consolider la stabilité » au sein de l’espace communautaire.
Cette interpellation s’ajoute aux critiques déjà exprimées par une partie de la société civile et de la classe politique sur le code électoral modifié en mars 2024. Alors que le Bénin se prépare pour les scrutins de 2026, le pays, longtemps salué pour son modèle démocratique, voit ses réformes électorales scrutées à la loupe. La question demeure entière, ces avertissements, relayés au plus haut niveau régional, auront-ils un réel effet sur le processus à venir ? À suivre.