Gouvernance publique, La Marina BJ – Après avoir vu deux ministres se succéder en moins d’un an, le portefeuille stratégique du ministère de l’Énergie de l’Eau et des mines (MEEM)traverse une nouvelle zone de turbulences administratives. Selon nos informations, dans un avis officiel daté du 12 août 2025, le conseil de régulation de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) a infligé un coup d’arrêt à neuf procédures de passation de marchés publics, invoquant des manquements graves au Code des marchés. Une décision qui illustre les tensions entre ambition politique et rigueur administrative, et qui retarde encore des projets clés pour plusieurs localités.
Le changement successif de deux ministres au cours de l’année a laissé place à une instabilité manifeste du personnel, comme le souligne la lettre de la Personne Responsable des Marchés Publics (PRMP) du ministère. Dans ce courrier daté du 30 juillet 2025 et adressé à l’ARMP, l’officiel explique que « dans le cadre de l’exécution du Plan de Travail Annuel (PTA) du Ministère de l’Energie, de l’Eau et des Mines au titre de la gestion 2024, certaines activités inscrites dans les différentes versions du Plan de Passation des Marchés Publics (PPMP) publié ont été engagées mais pour diverses raisons, notamment l’instabilité du personnel et les différentes mutations à la tête du Ministère de l’Energie, de l’Eau et des Mines, les procédures n’ont pu aboutir à l’approbation des différents contrats. Au regard des objectifs visés par lesdites activités, elles ont été réinscrites au PPM 2025 aux fins de les poursuivre. »
La demande de la PRMP visait donc une autorisation exceptionnelle pour prolonger la validité des offres et poursuivre les marchés en suspens.
Des chantiers prioritaires bloqués
Les marchés concernés, aujourd’hui gelés, touchent des secteurs essentiels. Selon nos informations il s’agit en premier des Infrastructures communautaires avec des travaux de construction de cinq magasins de stockage dans le Borgou et l’Alibori pour soutenir la sécurité alimentaire.
Ensuite de l’extension du réseau électrique à travers des travaux de densification et compléments de lignes à Comè, Gobada, Léma, Miniki et Agbadou. Puis de l’aménagement hydraulique à Gogbédé où il est prévu de mini-barrage, diguettes antiérosives et dispositifs anti-inondations pour recharger la nappe phréatique. Enfin une procédure qui devrait aboutir à un contrats-cadres pour l’entretien et le gardiennage des locaux du ministère et de ses directions techniques (seul marché non encore attribué).
Ces projets, inscrits au PTA 2024, n’ont pas été finalisés avant la clôture budgétaire. Certains sont encore en examen juridique, d’autres en attente d’approbation et de visa du délégué au contrôle des marchés publics et/ou du contrôleur financier. Le conseil de régulation de L’ARMP, sous la signature de son président, Séraphin Agbahoungbata, a rejeté la requête, pointant un dossier incomplet et dépourvu de justificatifs probants.
Trois conditions légales non respectées
L’avis de l’ARMP rappelle que la poursuite d’une procédure après expiration des délais de validité des offres n’est possible qu’à condition de disposer tout d’abord de lettres de prorogation et de confirmation des prix des prestataires attributaires. Ensuite d’apporter la preuve de crédits disponibles dans le budget de l’année concernée. Enfin d’Inscrire les marchés dans le Plan de Passation des Marchés Publics (PPM) de l’année d’exécution. Le constat sévère de l’ARMP est qu’aucun des neuf dossiers ne respecte ces critères, comme l’exige la loi n°2020-26 du 29 septembre 2020 sur les marchés publics.
L’institution a donc décidé de ne pas autoriser la PRMP du MEEM à proroger les délais de validité ni à poursuivre les procédures en l’état. Elle ordonne au ministère de reprendre le processus, en sollicitant des attributaires désignés la confirmation de leurs prix, la prorogation des offres et la preuve de financement, avant toute nouvelle saisine.
Gouvernance fragilisée, projets retardés
Ce rappel à l’ordre intervient dans un contexte d’instabilité au sommet du MEEM, désormais dirigé par José Didier Tonato depuis juin 2025. Entre redéploiements de cadres, lenteurs administratives et changements ministériels successifs, ces projets structurants ont accumulé du retard.
Malgré donc une stratégie ambitieuse d’électrification et de renforcement hydraulique, des blocages institutionnels freinent l’impact des investissements sur le terrain. Pour les populations de Malanville, Karimama, Bembéréké ou encore Comè, ces infrastructures longtemps promises demeurent suspendues à des formalités administratives. Toutefois selon des informations recueillies auprès de notre source bien informée, des démarches ont été engagées pour réintroduire les dossiers auprès de l’ARMP. Reste à savoir si, une fois les exigences remplies, le décaissement effectif des crédits suivra rapidement pour relancer ces chantiers prioritaires.