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Eau au Bénin : quand la dernière réforme consacre la SONEB comme acteur économique à part entière

Bénin / Secteur de l’eau, La Marina BJAdopté en Conseil des ministres le 29 octobre 2025, le décret n° 2025-671 modifie en profondeur l’objet social de la Société nationale des Eaux du Bénin (SONEB). Vingt-deux ans après sa création, l’entreprise publique passe d’un statut d’opérateur administratif à celui d’entreprise d’affermage moderne, dotée de nouvelles responsabilités techniques, économiques et contractuelles dans la gestion du service public de l’eau.

Le décret de 2025 ne modifie qu’un seul article du texte fondateur de 2003, celui relatif à l’objet social de la SONEB. Mais cette réécriture a une portée symbolique et structurelle considérable. Créée en 2003 comme un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), la SONEB évolue désormais sous la forme d’une société anonyme (S.A.) opérant dans le cadre d’un contrat d’affermage conclu avec l’État, les collectivités territoriales et la Société béninoise des Infrastructures de l’Eau (SoBIE). Ce changement acte la transformation d’une administration technique en une véritable entreprise publique exploitante, régie par une logique contractuelle, économique et de performance.

Une mission désormais étendue et intégrée

Le nouvel article 2 redéfinit l’objet social de la SONEB en y intégrant une mission beaucoup plus large. L’entreprise est désormais chargée d’assurer, sur l’ensemble des centres urbains du Bénin, l’exploitation des systèmes et installations de captage, de traitement, de transport et de distribution de l’eau potable.

Elle doit également réaliser les travaux d’entretien, de réparation, de renouvellement et d’extension des ouvrages, conduire les opérations commerciales liées au service public de l’eau, participer à la sensibilisation des usagers et mobiliser des financements nécessaires à la pérennisation de son exploitation. Le texte lui confère en outre la capacité de prendre des participations dans d’autres entreprises et de mener toute activité commerciale, industrielle ou immobilière liée à son objet.

Cette nouvelle architecture traduit la volonté de faire de la SONEB une société intégrée, plus autonome, capable d’assurer sa mission publique dans une logique d’efficacité et de développement durable.

La réforme de la gouvernance du secteur de l’eau

Cette modification s’inscrit dans un contexte de réorganisation profonde du sous-secteur de l’eau au Bénin. Depuis la création de la Société béninoise des Infrastructures de l’Eau (SoBIE), la gouvernance repose sur une séparation fonctionnelle claire : la SoBIE est propriétaire des ouvrages, tandis que la SONEB en assure l’exploitation, la maintenance et la distribution de l’eau potable (Lire LMBJ du 22-01-2025). Le décret de 2025 vient formaliser cette complémentarité institutionnelle à travers un contrat d’affermage entre les deux entités, sous le contrôle de l’État et des communes. Ce modèle s’inspire des meilleures pratiques africaines en matière de gestion déléguée du service public, garantissant à la fois la durabilité technique des infrastructures et la continuité du service aux usagers.

De l’établissement public à l’entreprise de service public

L’un des apports majeurs du décret réside dans la redéfinition de la tutelle de la SONEB. Alors qu’en 2003, la société relevait exclusivement du ministère chargé de l’hydraulique urbaine, elle est désormais placée sous la double supervision du Ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Mines et du Ministre de l’Économie et des Finances. Ce binôme illustre la volonté du gouvernement de renforcer la gouvernance à la fois technique et financière de la SONEB, en y intégrant une exigence de rentabilité, de transparence et de discipline budgétaire. Cette approche hybride, à la fois administrative et économique, s’inscrit dans la réforme plus large de la performance des entreprises publiques, amorcée depuis plusieurs années par l’État béninois.

La mutation opérée par le décret du 29 octobre 2025 traduit un changement profond de philosophie. La SONEB passe d’un modèle d’administration exploitante à un modèle d’entreprise de service public régie par des objectifs contractuels et de résultats. La tutelle devient partagée, la mission s’élargit et la logique de gestion s’oriente désormais vers la durabilité économique et la performance opérationnelle. Ce nouveau cadre positionne la SONEB comme un acteur à la fois national et potentiellement régional, apte à exporter son expertise dans le domaine de la production et de la distribution de l’eau potable.

En modernisant l’objet social de la SONEB, le gouvernement béninois envoie un message, celui d’un service public de l’eau repensé pour le XXIᵉ siècle. L’eau reste un bien vital, mais sa gestion doit s’inscrire dans une logique d’efficacité, de partenariat et de responsabilisation économique. La SONEB nouvelle génération s’inscrit dans cette vision. À travers cette réforme, l’État confirme sa volonté d’allier mission sociale et exigence de gestion rigoureuse, en dotant le secteur de l’eau d’un opérateur public moderne, compétitif et tourné vers la durabilité.

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