Banque, La Marina BJ — Au terme du troisième trimestre 2025, la Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce (BIIC) du Bénin affiche un paradoxe apparent avec une dynamique commerciale robuste, une hausse soutenue de ses revenus, mais un résultat net en recul de 9 %. Derrière ce repli, loin d’un signal de fragilité, se cache un choix stratégique assumé de renforcer le provisionnement pour sécuriser le portefeuille de crédits, dans un contexte prudentiel plus exigeant.
Selon le rapport d’activité consulté par La Marina BJ, les performances opérationnelles de la BIIC témoignent d’un trimestre marqué par une croissance soutenue. Les encours de crédits nets atteignent 1 111,078 milliards FCFA, en progression de 30 % par rapport à décembre 2024. Cette hausse s’explique par l’accélération des financements à court et moyen terme, confirmant le rôle de la banque comme acteur clé du financement de l’économie réelle. Dans le même temps, les dépôts de la clientèle franchissent le seuil des 1 154,029 milliards FCFA, soit une croissance de 25 %.
Les dépôts à vue comme les dépôts à terme poursuivent leur progression, traduisant la confiance renouvelée des clients, particuliers comme entreprises. Ce dynamisme se reflète sur le total bilan, qui s’établit à 1 806,801 milliards FCFA, en hausse de 19 % sur neuf mois.
Le prix de la prudence
Le Produit Net Bancaire (PNB) progresse nettement pour atteindre 35,945 milliards FCFA au 30 septembre 2025, contre 28,547 milliards un an plus tôt. Avec une croissance de 26 %, la BIIC signe l’un de ses meilleurs trimestres en matière de revenus bancaires. Cette performance repose essentiellement sur la hausse des revenus d’intérêts, alimentée par l’augmentation des prêts et avances à la clientèle. Autrement dit, la banque améliore sa capacité à générer de la marge grâce à un volume de crédits en forte expansion. Malgré cette dynamique positive, le résultat net ressort à 13,128 milliards FCFA, contre 14,362 milliards à la même période en 2024, soit un recul de 9 %. Un mouvement qui pourrait surprendre au regard de l’augmentation du PNB.
La raison n’est ni opérationnelle ni commerciale, mais prudentielle, selon l’analyse de notre spécialiste à la rédaction. Face à l’évolution de son portefeuille, la BIIC, explique-t-il, « a opté pour un renforcement du coût du risque, autrement dit une augmentation des provisions destinées à couvrir d’éventuels défauts de paiement ». Ce choix se traduit mécaniquement par une contraction du résultat net : moins de bénéfice aujourd’hui pour davantage de sécurité demain.
Dans un environnement bancaire marqué par une vigilance accrue des régulateurs et une volatilité économique persistante, la décision de la BIIC s’inscrit dans une logique de gestion anticipative des risques. En renforçant ses provisions, la banque protège son bilan contre d’éventuels chocs futurs et améliore la résilience de ses activités. Cet arbitrage révèle une hiérarchie claire des priorités : la solidité financière avant la rentabilité immédiate, la qualité des actifs avant la seule performance comptable, la prudence avant la prise de risque excessive. Cette stratégie est d’autant plus notable qu’elle intervient dans un trimestre où tous les indicateurs d’activité sont orientés à la hausse.
Une trajectoire de long terme assumée pour la fin d’année
Pour le dernier trimestre de l’année, la BIIC annonçe la poursuite de sa stratégie de croissance maîtrisée à savoir l’intensification des actions commerciales, gestion rigoureuse des risques et discipline accrue sur les charges de fonctionnement.
À travers ce choix de renforcer ses provisions, la BIIC — inscrite à la cote de la BRVM depuis avril 2025— envoie un signal clair au marché. Elle veut croître, mais elle veut croître durablement. Dans un secteur bancaire où la solidité compte autant que la performance, l’institution privilégie si on peut le dire une trajectoire de long terme, quitte à sacrifier une partie de son résultat immédiat.
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