Fiscalité, La Marina BJ – Trois ans après avoir amorcé la révolution verte par l’exonération des motocyclettes électriques, le gouvernement béninois passe à la vitesse supérieure. Avec la Loi de finances 2026, l’incitation fiscale elle s’étend désormais à l’ensemble de l’écosystème technique, des infrastructures de recharge aux solutions logicielles de pilotage. Une inflexion stratégique qui positionne le Bénin comme un laboratoire continental de la mobilité durable.
En 2022, le Bénin avait créé la surprise en supprimant les droits de douane et la TVA sur les motos électriques et hybrides. Cette mesure fondatrice a permis l’émergence rapide d’acteurs pionniers, à l’image de Spiro (ex-M Auto), dont les engins vert et jaune se sont imposés dans le paysage urbain de Cotonou. Mais l’article 12 de la Loi de finances 2026 marque un changement d’échelle. Là où le cadre fiscal antérieur favorisait essentiellement l’acquisition du véhicule, le législateur s’attaque désormais au maillon longtemps négligé qu’est l’infrastructure.
Du produit à l’usage : un saut qualitatif assumé
Jusqu’ici, importer une moto électrique relevait d’une opération fiscalement avantageuse, mais déployer le réseau nécessaire à son fonctionnement demeurait coûteux et contraignant. À compter du 1er janvier 2026, cette équation change.
La loi étend expressément les exonérations de droits de douane et de TVA aux matériels, équipements et dispositifs spécifiquement destinés à la recharge des batteries ou à leur échange instantané (swapping). Sont concernés, entre autres, les bornes de recharge publiques ou privées, les stations professionnelles, les réseaux de recharge et leurs composantes techniques, ainsi que les systèmes intelligents de gestion et de supervision.
Par ce choix, l’État opère un déplacement stratégique : il ne soutient plus uniquement le consommateur final, mais allège massivement le coût d’investissement des opérateurs, condition indispensable à la densification du réseau.
Le swapping, catalyseur du modèle économique
L’inscription explicite du « remplacement instantané des batteries » dans le texte législatif n’est pas anodine. Elle consacre un modèle déjà éprouvé auprès des conducteurs de taxi-motos électrique, notamment certains zémidjans, pour lesquels le temps d’immobilisation constitue un manque à gagner direct.
Pour des opérateurs comme Spiro, ZED Motors ou encore les nouveaux entrants tels que CFAO Mobility, l’enjeu est majeur. La baisse significative du coût d’installation des stations, estimée à près de 25 % grâce à l’allègement fiscal, ouvre la voie à une expansion accélérée, y compris vers les régions du centre et du nord du pays, au-delà du périmètre du Grand Nokoué.
Autre avancée notable, l’exonération de la TVA sur les prestations de recharge et d’échange de batteries. En fiscalisant non plus seulement l’équipement, mais aussi le service, la Loi de finances 2026 sécurise l’équation économique sur toute la chaîne de valeur. Pour l’utilisateur final, cette mesure se traduit par une plus grande stabilité tarifaire. Dans un contexte de volatilité persistante des cours du pétrole, l’énergie électrique s’affirme ainsi comme une alternative à la fois plus propre et plus prévisible sur le plan fiscal.
Vers une ambition de souveraineté technologique ?
Au-delà de la mobilité, le signal adressé aux investisseurs internationaux est clair. En intégrant les logiciels, systèmes de communication et solutions numériques à la liste des équipements exonérés, le Bénin affiche son ambition de capter des technologies de pointe liées à la gestion intelligente de l’énergie et des flux.
L’objectif dépasse l’assemblage local de véhicules à la GDIZ. Il s’agit de positionner le pays comme un futur hub régional de la donnée et des services numériques appliqués à la mobilité électrique en Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, cette dynamique volontariste ne signifie toutefois pas une exonération totale. Les acteurs du secteur demeurent assujettis aux prélèvements communautaires, notamment le prélèvement communautaire (PC) et le prélèvement communautaire de solidarité (PCS), ainsi qu’à certaines redevances nationales, dont la redevance d’aménagement urbain (RAU).
Un choix d’équilibre assumé par les pouvoirs publics, qui conjuguent attractivité fiscale ciblée et maintien d’une contribution minimale au financement des infrastructures routières empruntées par ces nouveaux véhicules.
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