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Bénin-Niger : L’escalade de trop ?

Diplomatie, La Marina BJ Entre Cotonou et Niamey, le fil du dialogue ne tenait plus qu’à la circulation d’un pétrole brut, symbole d’une interdépendance économique résiduelle. Ce 5 janvier 2026, ce lien fragile semble définitivement rompu. Avec la fermeture annoncée de l’ambassade du Bénin au Niger, consécutive à une série d’expulsions croisées, la crise bilatérale bascule dans un antagonisme d’État qui interroge sur la stabilité diplomatique de la sous-région.

Ce qui s’apparentait jusqu’ici à un différend commercial et frontalier a pris, en ce début janvier, les traits d’une crise diplomatique ouverte. Selon les informations recoupées, les autorités béninoises auraient signifié le départ de deux officiels nigériens ; une mesure suivie d’une riposte symétrique et immédiate de Niamey. En invitant le premier conseiller de l’ambassade du Bénin — l’ambassadeur ayant déjà été rappelé il y a plusieurs mois — à quitter le sol nigérien sous 48 heures, le général Abdourahamane Tiani marque un durcissement manifeste. Ce passage à une « diplomatie de la rupture » prive désormais les deux États de leurs derniers canaux de communication directs.

Le poids délétère des suspicions

Si la tension culmine aujourd’hui, elle se nourrit de traumatismes récents dont les contours restent à clarifier par la justice. Les événements du 7 décembre 2025 au Bénin, qualifiés de mutinerie avortée par le gouvernement béninois, planent comme une ombre sur le climat bilatéral. À Cotonou, si les cercles officiels s’interrogent sur d’éventuelles complicités régionales, aucune preuve formelle liant directement Niamey à cette déstabilisation n’a encore été rendue publique.

De son côté, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) persiste dans sa méfiance, percevant la politique étrangère béninoise comme un relais d’intérêts extra-africains. Ces accusations, basées sur des perceptions de menaces sécuritaires non étayées à ce jour par des enquêtes contradictoires, empoisonnent le débat et radicalisent les positions de part et d’autre.

Au centre de cette tourmente, l’oléoduc Agadem-Sèmè demeure l’ultime cordon ombilical. S’il continue pour l’heure de pomper le brut nigérien, l’infrastructure est devenue, malgré elle, un levier de pression politique. En 2025, on espérait que le pragmatisme économique forcerait la paix diplomatique. Aujourd’hui, force est de constater que les impératifs de « souveraineté » invoqués à Niamey et de « fermeté sécuritaire » affichés à Cotonou l’emportent sur la recherche de revenus partagés.

L’exigence de responsabilité

Cette escalade est-elle celle de trop ? La question exige une immense circonspection. En l’absence de médiations actives, de Lomé à Alger en passant par Abuja ou même Dakar, le risque d’un isolement prolongé est réel. À Malanville, le verrouillage persiste, les frontières restant fermées du côté du Niger même si, le gouvernement béninois a su faire preuve d’agilité logistique en redirigeant une partie du flux à travers les frontières du Nigeria, dans le nord du Bénin, pour oxygéner le port de Cotonou. À Niamey, l’inflation grignote un pouvoir d’achat déjà exsangue. Mais qu’importe, semble-t-on penser du côté du général Abdourahamane Tiani et de son gouvernement pour qui l’essentiel est vraisemblablement de ne pas ciller le premier.

C’est là tout le drame de cette crise, elle ne repose sur aucun contentieux territorial, aucune haine ancestrale, mais sur un immense malentendu que le pouvoir militaire du Niger, malgré les efforts de main tendue du Bénin, ne semble pas vouloir dissiper. Dans ce duel à huis clos, ce ne sont pas seulement des diplomates que l’on expulse, c’est le bon sens. L’Afrique de l’Ouest, déjà harcelée par la menace terroriste, n’a que faire d’une guerre des nerfs entre deux voisins liés par l’histoire. L’heure appelle au retour d’une diplomatie apaisée, où les faits l’emportent enfin sur les ressentis.

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