Gouvernance, La Marina – C’est une crise sourde qui secoue les couloirs de la Société Béninoise de Production d’Électricité (SBPE). Derrière les enjeux techniques de l’interconnexion électrique du pays se joue une bataille de procédures opposant la Direction Générale aux organes de contrôle interne. Entre accusations d’immixtion dans les marchés publics et blocages administratifs, en savoir plus sur un dossier désormais entre les mains du régulateur.
À l’origine de ce séisme interne, un projet pourtant crucial pour la souveraineté énergétique du Bénin : le recrutement d’un cabinet pour l’actualisation du tracé et des travaux topographiques des lignes d’interconnexion 161 KV et des postes HT/MT associés, baptisés Naouabaka et Natapo. Ce qui ne devait être qu’une étape technique s’est transformé en un véritable imbroglio institutionnel.
Un mécanisme de « réexamen » sous le feu des critiques
Le point de rupture a été atteint lorsque la Personne Responsable des Marchés Publics (PRMP) de la société a dénoncé une pratique instaurée par la Direction Générale. Selon les faits rapportés à l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP), le Directeur Général de la SBPE, M. Émeric Tokoudagba, aurait imposé un circuit de validation atypique pour tous les marchés relevant du domaine technique.
Ce protocole obligerait les services de la PRMP et la Commission d’Ouverture et d’Évaluation (COE) des offres à transmettre systématiquement leurs résultats à la Direction Technique pour un « réexamen » et une « proposition d’avis » supplémentaire. Le grief majeur réside dans le fait que cette Direction Technique est déjà membre de ladite commission. Pour la PRMP, ce dispositif constitue une immixtion qui fragilise l’indépendance de la COE et contrevient aux principes de transparence du Code des marchés publics.
Des projets stratégiques dans l’étau administratif
Les répercussions de ce bras de fer se font déjà sentir sur les projets Naouabaka et Natapo. Lors de l’évaluation des offres, une représentante de la Direction Technique aurait exigé le report des délibérations finales afin de permettre une « pré-évaluation » par sa propre supérieure hiérarchique, la Directrice Technique. Cette situation engendre une série de dysfonctionnements majeurs dénoncés par la PRMP, notamment un risque de retards massifs dans l’attribution des marchés et l’exécution des travaux, une atteinte aux principes de transparence et de confidentialité des offres et une lourdeur bureaucratique paralysant les processus.
Le régulateur s’invite dans le dossier
Face à ces positions jugées « difficilement conciliables » entre la Direction Générale et les organes de passation de marchés, le gendarme de la commande publique a été contraint d’intervenir. Saisie le 19 novembre 2025, la Commission de Règlement des Différends (CRD) de l’ARMP a constaté que le recours de la PRMP était intervenu trois jours ouvrables après la survenance du désaccord, dépassant ainsi le délai légal de deux jours. En conséquence, la demande d’arbitrage a été déclarée irrecevable pour forclusion le 16 décembre 2025.
Cependant, l’affaire ne s’arrête pas là. Jugeant la gravité des faits d’immixtion allégués comme une menace pour la saine application de la réglementation, l’ARMP a pris une décision radicale : l’auto-saisine du dossier. Selon nos informations, le régulateur va désormais mener ses propres investigations pour déterminer si les pratiques de la Direction Générale de la SBPE constituent une violation du cadre légal.
Au-delà de probables sanctions à l’encontre de certains responsables de la société, l’issue de cette procédure décidera de l’avenir des chantiers électriques Naouabaka et Natapo, aujourd’hui suspendus à la vigilance du gendarme des marchés publics. Affaire à suivre.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.