Numérique, La Marina BJ — Le Centre national d’investigations numériques (CNIN) dresse un bilan alarmant, mais offensif, de la lutte contre le crime en ligne. Entre explosion des signalements, ingénierie sociale sophistiquée et réformes structurelles, son directeur général, Ouanilo Médégan Fagla, dévoile les dessous d’une guerre qui se joue désormais à coups de « matière grise ».
En l’espace d’un an, le paysage de la cybercriminalité au Bénin a muté, devenant plus complexe et plus coûteux pour les populations, bien que mieux identifié par les autorités. Lors d’un récent échange avec les journalistes de deux médias en ligne, le patron du CNIN, Ouanilo Médégan Fagla, a révélé des chiffres vertigineux : en 2025, plus de 6 500 plaintes ont été enregistrées pour un préjudice financier déclaré dépassant les 6 milliards de FCFA.
L’industrialisation de l’arnaque
Si le volume de plaintes est en hausse (passant d’environ 4 000 en 2024 à plus de 6 500 cette année), cette statistique n’est pas nécessairement le signe d’une défaite. Pour le premier responsable du CNIN, elle traduit avant tout une rupture de l’omerta. « Les citoyens savent aujourd’hui qu’il existe une réelle alternative et que s’ils portent plainte, ils ont des chances d’obtenir gain de cause », explique le directeur général. Cette confiance s’est traduite par une efficacité opérationnelle accrue : 1 632 interpellations ont été réalisées sur la seule année 2025.
Les différentes enquêtes révèlent une véritable professionnalisation des réseaux. L’époque de l’arnaqueur isolé semble révolue, laissant place à des schémas quasi industriels. Devant les micros de Tempête TV et Madame Actu TV, le directeur du CNIN a pointé du doigt les plateformes de placement financier et de collecte d’épargne illégale. Ces structures, souvent basées sur des modèles pyramidaux, affichent une vélocité prédatrice : certaines peuvent capter jusqu’à 100 millions de FCFA par jour avant d’être neutralisées.
Plus surprenant encore, le front de la lutte se déplace jusque dans les prisons. Le DG du CNIN a cité le cas d’un détenu ayant réussi à usurper l’identité de 22 personnalités publiques depuis sa cellule, armé d’un simple téléphone et d’un jeu de cartes SIM interchangeables. Au-delà de l’aspect pécuniaire, la cybercriminalité ébranle la stabilité de l’État. Le CNIN observe une recrudescence de la désinformation orchestrée par des jeunes en quête de visibilité. « Nous avons interpellé un adolescent de 16 ans qui diffusait des rumeurs de décès d’autorités… Son téléphone était encore couvert de farine de maïs moulu », a déploré M. Fagla, soulignant le décalage abyssal entre la futilité des motivations et la gravité des impacts sur les familles et l’ordre public.
L’alliance du « treillis » et du « civil »
En absorbant l’ancienne OCRC, le CNIN a brisé les silos administratifs pour créer une synergie inédite. Désormais, des experts civils en cybersécurité travaillent de concert avec les officiers de police judiciaire. Cette approche permet de lever « l’angle mort » qui paralysait autrefois les enquêtes : l’anonymat technique. Grâce à une unité forensique de pointe et un pôle Recherche et Développement interne, le Centre ne se contente plus de réagir ; il traque la preuve numérique de bout en bout, jusqu’au parquet.
Pour cette nouvelle année, le CNIN entend placer la barre encore plus haut. Si la répression reste ferme, l’accent sera mis sur la sensibilisation massive. L’objectif est d’assécher le vivier de victimes potentielles en éduquant les populations aux risques numériques. En misant sur la « matière grise » locale et une coopération internationale renforcée via Interpol, le Bénin espère réduire drastiquement le « temps de nuisance » de ces industries du crime.
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