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Création de Sénat au Bénin : l’exemple ghanéen qui démontre l’importance d’un garde-fou politique

Réforme constitutionnelle, La Marina BJ – Lorsque le Parlement béninois a adopté, en novembre 2025, la création d’un Sénat chargé principalement de réguler les excès de la vie politique, le débat s’est immédiatement enflammé : avancée institutionnelle ou verrouillage démocratique ? Derrière les controverses internes, un événement survenu au Ghana quelques jours plus tard apporte un éclairage inattendu sur les motivations profondes de la majorité présidentielle à doter le pays d’un mécanisme de stabilisation. Une tribune adressée à La Marina BJ par Genséric Aguidissou, Béninois résidant au Ghana, analyse ce parallèle et en révèle les enjeux.

Le 15 novembre 2025, l’Assemblée nationale béninoise approuvait une révision constitutionnelle majeure : création d’un Sénat et instauration d’une « trêve politique » durant la majeure partie du mandat présidentiel. Selon la majorité parlementaire, l’objectif est de réduire les crises institutionnelles récurrentes et favoriser « la convergence des forces vives vers l’action publique».

Dans sa tribune, Genséric Aguidissou souligne que cette innovation répond à une vulnérabilité bien connue dans la sous-région : « Le Bénin tente de prévenir ce que j’appelle le sabotage politique, c’est-à-dire le moment où la confrontation démocratique bascule dans des menaces contre l’intérêt général », écrit-il.

Il rappelle que la future chambre haute, composée d’anciens présidents d’institutions et de hauts responsables sécuritaires, aura notamment pour tâche de veiller à ce que l’opposition systématique ne supplante jamais la cohésion nationale.

L’affaire des “poules empoisonnées” au Ghana : une alerte qui résonne au Bénin

Deux semaines après la réforme béninoise, une polémique éclatait au Ghana, où réside l’auteur de la tribune. Un communicant du New Patriotic Party (NPP), principal parti d’opposition, menaçait publiquement d’introduire des maladies aviaires pour saboter Nkoko Nketenkete, programme phare de relance de l’aviculture lancé par le président John Dramani Mahama. Dans une vidéo devenue virale le 24 novembre 2025, il déclarait, « Si le NDC lance son initiative Nkoko Nketenkete, nous la contrerons en apportant des maladies qui pourraient ruiner tout le projet. »

Pour Genséric Aguidissou, cet épisode illustre parfaitement la dérive redoutée par les promoteurs du Sénat béninois. « Ce qui s’est passé au Ghana est exactement le type de dérapage que le Sénat entend empêcher », observe-t-il. Il rappelle que l’initiative agricole, qui aurait déjà distribué 720 000 poussins à 13 000 éleveurs, est soudain devenue une cible partisane plutôt qu’un bien public.

L’analyste regrette également l’absence de mécanisme institutionnel ghanéen capable d’exiger un recadrage immédiat : « Une menace aussi grave n’a suscité qu’une indignation digitale. Aucun organe de sagesse n’a pu exiger des excuses ou prévenir l’escalade. »

Le Sénat béninois : un garde-fou nécessaire ou un risque politique ?

Selon l’auteur de la tribune, un Sénat doté de pouvoirs de médiation aurait pu jouer ce rôle : « Une instance respectée par tous aurait pu contraindre le NPP à désavouer immédiatement ces propos. » Il reconnaît toutefois les inquiétudes exprimées au Bénin : absence d’élection des sénateurs, risque de perception partisane, critiques virulentes de l’opposition qui dénonce un « verrouillage démocratique ».

« Le défi est que pour être efficace, ce Sénat doit être perçu comme impartial. Sinon, il ne sera qu’un outil supplémentaire de consolidation du pouvoir », prévient Genséric Aguidissou. Pour ce dernier, la réforme introduite au Bénin s’inscrit dans une réflexion plus large sur la qualité du jeu politique en Afrique francophone : « Instituer une chambre de sagesse n’est pas anodin. C’est un pari sur la maturité politique et sur la capacité des élites à accepter un arbitrage au-dessus d’elles. »

À ses yeux, l’affaire ghanéenne constitue un signal d’alarme pour toutes les démocraties du continent : « Même les systèmes les plus respectés ne sont pas à l’abri de dérapages lorsque la rivalité politique devient une logique de destruction mutuelle. »

L’avenir dira si le futur Sénat béninois, qui doit encore passer le contrôle de constitutionnalité, s’imposera comme un véritable arbitre ou s’il restera une institution contestée. Mais pour Genséric Aguidissou, un enseignement s’impose déjà, « L’affaire des poules empoisonnées au Ghana est une démonstration brutale de l’utilité potentielle d’un mécanisme de régulation politique. »

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