Politique, La Marina BJ – Alors que le débat s’enflamme autour de la règle des 20 % par circonscription qui écarte l’opposition de l’Assemblée nationale, une lecture froide des chiffres révèle une autre réalité : le parti Les Démocrates a subi une érosion significative de sa base électorale en seulement trois ans.
Le verdict est désormais irrévocable. Dans le sillage de la Commission électorale nationale autonome (CENA) le 17 janvier dernier, la Cour constitutionnelle a scellé le sort du prochain Parlement ce lundi 19 janvier 2026. L’hémicycle béninois s’apprête ainsi à vivre une 10ème législature sans aucune voix de l’opposition radicale. Si les critiques se concentrent légitimement sur le « verrou des 20 % » par circonscription électorale, l’arithmétique électorale, elle, livre un message dépourvu d’artifice : entre 2023 et 2026, la formation dirigée par l’ancien président Boni Yayi a vu son électorat s’effriter significativement.
L’illusion du code électoral ?
En janvier 2023, lors de leur grand retour dans le jeu institutionnel, Les Démocrates (LD) avaient réussi à capter 24,16 % des suffrages exprimés, devenant la première force d’opposition avec 28 députés. Trois ans plus tard, le verdict est sans appel : le parti plafonne désormais à 16,20 % au niveau national.
Cette baisse de 7,96 % n’est pas qu’une simple statistique ; elle est le symptôme d’une difficulté à mobiliser au-delà du noyau dur. En passant d’environ un électeur sur quatre à un électeur sur six, la formation a vu son influence se réduire mécaniquement, indépendamment des mécanismes de répartition des sièges.
Le débat actuel se focalise sur l’article 146 du code électoral, qui exige l’obtention de 20 % des voix dans chacune des 24 circonscriptions pour être éligible. Ce verrou a été fatal aux Démocrates, qui échouent dans plusieurs localités clés à l’instar de la 3ème circonscription avec 5,88 % ou de la 11ème avec 2,89 % selon les résultats de la CENA. Cependant, les simulations montrent que même si l’ancien code (seuil unique de 10 % au plan national) avait été appliqué, l’opposition aurait tout de même reculé. En 2023, elle occupait 28 sièges. Avec son score actuel de 16,20 % selon les résultats définitifs de la Cour Constitutionnelle, elle n’aurait pu prétendre qu’à environ 21 sièges. Autrement dit, le recul est double : institutionnel par la loi, mais aussi populaire par le vote.
Un électorat en quête de nouveau souffle
Comment expliquer ce désamour ? Si l’UP le Renouveau (41,21 %) et le Bloc républicain (36,62%) ont consolidé leurs positions, l’opposition semble avoir peiné à transformer sa présence parlementaire de 2023 en une dynamique de victoire pour 2026. Entre une abstention persistante — le taux de participation chutant de 37,79 % à 36,74 % — et l’essoufflement du discours de contestation, Les Démocrates se retrouvent aujourd’hui face à un miroir brisé.
Pour les partisans de l’opposition, le choc des chiffres appelle à une introspection profonde. Au-delà de la bataille juridique et politique contre les réformes électorales, c’est la question de l’offre politique et de la stratégie de terrain qui se pose désormais. Ce n’est plus seulement une interrogation, mais un impératif de reconstruction. Car pour peser à nouveau, il faudra non seulement franchir les barrières de la loi lors des prochaines échéances, mais d’abord reconquérir le cœur des électeurs perdus.
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