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Loïc Aplogan (Visa Afrique) : Digitaliser nos économies « n’est plus un luxe, c’est un impératif »

Paiement, La Marina BJ Dans les rues animées de Douala, les commerçants jonglent encore avec des liasses de billets froissés. À Niamey, un fonctionnaire attend des heures pour percevoir une allocation sociale, faute d’un système fluide. À Cotonou, de jeunes entrepreneurs peinent à convaincre leurs clients d’adopter les paiements électroniques. Des scènes familières qui révèlent une réalité persistante : dans l’Afrique francophone, le cash domine encore. Mais pour Loïc Aplogan, Directeur Développement Afrique de l’Ouest et Centrale chez Visa, cette situation ne peut plus durer. « Digitaliser les interactions entre gouvernements, entreprises et citoyens n’est plus un luxe, c’est un impératif », tranche-t-il.

Avec à peine un adulte sur trois ayant accès à un compte bancaire formel, l’Afrique francophone se trouve face à une opportunité historique. Le succès du mobile money a déjà prouvé l’appétence des populations pour des solutions pratiques et accessibles. Mais Loïc Aplogan estime que l’enjeu va bien au-delà des transactions du quotidien. Évoquant les marchés francophones d’Afrique, il souligne que les paiements digitaux permettent d’ouvrir l’accès aux services financiers et publics pour des millions de personnes, « y compris les populations non bancarisées. »

L’inclusion financière devient ainsi un levier de stabilité sociale. Dans un contexte où les inégalités demeurent criantes, digitaliser les flux signifie réduire la fracture entre les populations connectées et celles encore dépendantes du cash.

Des bénéfices pour les États et les PME

L’impact de cette transition dépasse le simple citoyen. Les États eux-mêmes ont beaucoup à y gagner. La digitalisation des achats publics (G2B) réduirait les coûts, renforcerait la transparence et ouvrirait les marchés aux PME locales, longtemps exclues des appels d’offres faute de formalisation. « Plus d’efficacité, moins de coûts et plus d’accès pour les PME locales », résume l’exécutif de Visa Afrique de l’Ouest et Centrale.

Les versements sociaux (G2P), eux, pourraient changer la donne pour les zones rurales. L’exemple de plusieurs pays africains, où des aides sociales dématérialisées ont atteint directement les bénéficiaires pendant la pandémie, illustre la puissance de ces outils.

Quant aux PME, leur compétitivité dépend de plus en plus de l’adoption des paiements électroniques. De Lagos à Dakar, nombre d’entreprises en croissance perdent encore des clients faute de solutions modernes. Une preuve vivante qu’accepter le digital, c’est accéder à de nouveaux marchés, notamment dans le commerce transfrontalier, comme le rappelle Loïc Aplogan.

Les données, nouvel or noir des politiques publiques

Dans un continent souvent accusé de manquer de statistiques fiables, l’essor des paiements digitaux ouvrirait un gisement d’informations inédit. Les flux de transactions offrent une photographie en temps réel des comportements de consommation et des dynamiques économiques locales. Exploiter ces données, c’est mieux « orienter les politiques publiques et le développement économique », explique Loïc Aplogan. De quoi permettre aux gouvernements d’affiner leurs stratégies agricoles, de calibrer les subventions ou encore d’améliorer la gestion du tourisme.

Mais pour que ce potentiel devienne réalité, une condition s’impose : la coopération. L’Afrique francophone a tous les atouts pour devenir un hub de paiements digitaux inclusifs, mais selon Loïc Aplogan, c’est « à condition d’unir régulateurs, gouvernements, banques, fintechs et acteurs privés dans une stratégie commune. »

Selon lui, quatre priorités doivent structurer cette transformation : moderniser les achats publics, renforcer l’inclusion financière, soutenir les PME et digitaliser les services publics. Au fond, l’enjeu n’est pas seulement technique, mais profondément politique. Les paiements digitaux, c’est aussi une manière de réduire les inégalités, de renforcer la confiance et de bâtir des sociétés plus résilientes.

Dans une région où l’économie informelle représente parfois plus de 50 % du PIB, le passage du cash à la confiance numérique pourrait redéfinir le contrat social. Entre urgence économique et nécessité politique, l’Afrique francophone se trouve à un tournant : celui où la digitalisation des paiements ne relève plus d’un luxe, mais d’une obligation stratégique.

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